On a vu passer hier un naasara (un blanc) assis à l'arrière d'un scooter conduit par un naasablonga (un africain).
Le blanc tenait dans ses bras un énorme pingouin en plastique...
Petit journal de bord de la vie quotidienne en Afrique de l'ouest et récit des tribulations picaresques dans la région de Francis Boitelle, Frédéric Kisters et Dominique Trembloy (à l'origine), puis de ce dernier seulement.
On a vu passer hier un naasara (un blanc) assis à l'arrière d'un scooter conduit par un naasablonga (un africain).
Le blanc tenait dans ses bras un énorme pingouin en plastique...
Résumé des épisodes précédents : nos deux voyageurs dont l'un souffre d'une triple hernie discale, en route pour Lomé, sont coincés par un accident de camion en plein milieu des montagnes de Kara à la tombée de la nuit et sous un violent orage tropical. Comme les chances de voir arriver une grue de 50 tonnes dans un avenir prévisible apparaissent aussi minces que celles de voir de la neige à Ouagadougou, les deux compères décident d'abandonner leur car et de partir à pieds vers l'aval se chercher un autre moyen de transport.
Dieu merci, en vétérans des routes d'Afrique, ils voyagent léger : un petit sac de voyage pour deux contient vêtements, nécessaire de toilette, scanner, ordinateur et imprimante (Francis a un art consommé pour faire tenir quatre éléphants dans une deux-chevaux, il a dû, travailler dans une conserverie de sardines dans une vie antérieure).
En route pour une bonne marche de nuit sous l'orage.
Pas si vétérans que ça, après tout, les deux crétins ont oublié leur indispensable lampe torche à LED sur leurs tables de nuit respectives à Ouagadougou…
Une heure et cinq kilomètres plus loin, on finit par trouver des moto-taxis qui, flairant l'aubaine, s'offrent à déposer qui veut à la "ville" la plus proche.
Les deux refusent, mais payent le motocycliste pour aller chercher une "dina" et lui dire de nous attendre en deçà du bouchon.
Pour ceux qui l'ignoreraient, une "dina" c'est un taxi-brousse, une camionnette de transport de voyageurs (de chèvres, de vélos et de moutons aussi, parfois).
Encore une heure, et la dina est là.
On rameute suffisamment de voyageurs pressés d'arriver à Lomé pour partager les frais du voyage, on négocie les prix férocement quoiqu'en position de faiblesse, on charge les bagages sur le toit ce qui triple la hauteur du véhicule et rehausse son centre de gravité de deux mètres (tout le monde ne voyage pas léger) et on embarque.
Le modèle de minibus Toyota dans lequel va se poursuivre le voyage est prévu pour 7 passagers plus le conducteur ainsi qu'en témoigne la plaque apposée par le constructeur à côté de la portière avant droite.
Bravo Toyota (et bravo la débrouille africaine) : l'auteur témoigne qu'il est parfaitement possible d'y caser vingt et un passagers, le conducteur et deux convoyeurs.
Pour arriver à ce résultat, certaines contorsions sont néanmoins nécessaires et la position adoptée par le dos de Francis ne serait sûrement pas du goût de son chirurgien orthopédiste (doux euphémisme).
Dominique réitère ses prières pour ne jamais avoir à rencontrer ce monsieur.
Départ de la dina et descente de la montagne à tombeau ouvert, par nuit noire, sous l'orage, avec un conducteur à côté duquel Fangio, Ayrton Senna et Michaël Schumacher font figure de pépères lambins conduisant des tacots poussifs.
Les lèvres de Dominique remuent en silence : il prie cette fois pour survivre au voyage, dû-t-il même finir par rencontrer le chirurgien de Francis.
Arrivée à Lomé à4h du matin, après 24 heures de voyage : les héros sont fatigués.
On se dit que ce n'est pas une heure chrétienne pour réveiller le parent de Francis et on se met enquête d'un endroit où poser ses fesses à défaut de pouvoir poser sa tête sur un traversin moelleux.
Coup de chance après seulement 2 kilomètres on trouve un kiosque malien qui sert déjà du café au lait (recette : 1dl de lait concentré sucré, 0,5 dl de Nescafé, 5 sucres).
Ca ne vaut pas un grand crème/croissant, mais on fera aller.
On s'entortille les pieds dans la sangle du sac pour ne pas se le faire voler au cas ou on s'endormirait et l'attente de l'aube commence…
(à suivre)
(Celle-là on la déteste : elle n'a que trop servi à justifier discriminations et xénophobie)
Le pillage culturel de l'Afrique est un phénomène qui, pour ne pas être récent n'en est pas moins déplorable.
Depuis l'époque coloniale jusqu'à nos jours, mélodies, rythmes, motifs graphiques, statuaire traditionnelle, ont été abondamment plagiés et exploités par l'Occident sans que les créateurs africains ne perçoivent de juste rémunération pour leurs créations,voire quelque rémunération que ce soit.
Il semble que les consciences s'éveillent.
D'après nos sources, le ministère de la culture du Burkina envisagerait des poursuites contre les héritiers et ayant-droits de Salvador Dali.
En effet, les "montres molles" du célèbre peintre catalan ne seraient que vil plagiat d'une invention typiquement africaine!
Bon, ok, c'est une blague (la chute seulement, l'introduction est tristement exacte).
Certaines des particularités du français parlé en Afrique de l'Ouest sont tout simplement dues à une traduction littérale d'expressions ou de structures propres à une langue locale.
Comme le bruxellois utilise des formes directement empruntées au flamand.
C'est le cas de "ça vaut deux jours" pour dire "il y avait longtemps" (voir par ailleurs notre autre article sur cette expression dans la série "une brève histoire du temps") : l'expression est une traduction littérale du mooré (elle existe à l'identique en dioula aussi).
N'oublions pas que si le français est la langue officielle, d'enseignement et le moyen de communication commun aux diverses ethnies peuplant les pays de l'ancienne A.O.F., il n'est la langue maternelle de presque personne.
Parfois, cela dépasse le pittoresque pour virer au carrément cocasse.
En mooré, pour dire "tu me précèdes" on dit littéralement "tu es dans mon devant", et il arrive qu'on l'entende dit tel quel en français.
Là où on rigole franchement, c'est lorsque quelqu'un veut signifier qu'il vous suit et traduit par "je suis dans ton …".
Chose promise, chose due (roulement de tambour) : voici la saison II!
Pour paraphraser l'introduction de "24H chrono" : "Les événements qui suivent se déroulent entre le premier septembre et le 15 octobre 2009".
Contrairement à la série "24H chrono",nous n'ajouterons pas : "les événements se déroulent en temps réel".
D'abord, l'auteur de ces ligne n'est pas Jack Bauer et,malgré l'amour porté au fidèle public de son blog, a un tas d'autres choses à faire que d'alimenter ce dernier, comme par exemple, entre autres choses,travailler pour gagner son pain quotidien, ce qui est peu compatible avec la dactylographie en temps réel du récit de Théramène qui suit.
Ensuite, il faut bien ménager le suspense, non?
Et enfin, "temps" et "réel" ne ont pas des notions compatibles ici (en fait, "temps réel" au Burkina, c'est un oxymore).
Ces choses étant dites…
(Re roulement de tambour)…
Au moment ou commence ce récit, Francis, qui avait dû effectuer, deux mois auparavant, un retour d'urgence en Europe, en chaise roulante et en avion (les trois ne sont pas incompatibles), suite à de graves problèmes vertébraux, attend, à Ouagadougou, une opération du dos, à Toulon. (Je sais, c'est un peu confus).
Patient modèle, il a promis à son chirurgien de ne pas se baisser, de ne pas faire de mouvements brusques, d'éviter les trajets en voiture et les routes cahoteuses, de s'abstenir de faire de la moto et, pour faire bref,d'éviter de toutes les manières de malmener son dos.
Dominique, chargé d'une mission urgente, impliquant des séjours dans divers pays de la sous-région par un commanditaire européen, étant venu demander à Francis de le faire profiter de son carnet d'adresse bien fourni, notamment au Togo où il a de la famille, celui-ci accepte volontiers de l'aider.
Puis, comme le rôle de patient modèle est, pour Francis, un rôle de composition, pour ne pas dire un contre-emploi, il décide d'accompagner Dominique dans sa grande tournée et d'envoyer au diable son chirurgien(l'expression qu'il utilise est différente, impubliable,mais le sens est approximativement le même).
Départ donc des deux héros de ce récit pour la première étape de leur périple ouest africain, Lomé, capitale du Togo.
Environ 1000 km de route dont moins de la moitié sur des voies en bon état, dans un car africain plus de toute première jeunesse, pendant la fin de la saison des pluies, ce qui allonge le trajet, de nombreux ponts ayant été emportés au Togo.
Dominique commence une longue série de prières pour ne jamais faire la connaissance du chirurgien de Francis et surtout pas si il a un bistouri ou tout autre instrument tranchant sous la main.
Ceux qui ont voyagé en car sur des pistes africaines comprendront aisément pourquoi.
Départ de la concession à 3h30 du matin, check-in à la gare routière à 4h, le car s'ébranle à 5h pile, à l'heure (étonnant, non? Eût dit le regretté Pierre Desproges…).
A 17h30 dans les montagnes Togolaises, peu avant les aiguilles de Kara, Francis remarque : "Ca se passe bien, non? On est dans les temps".
Ah, le c..!
Défier le destin aussi impudemment!
En Afrique!
Sur la route!
Ah, le triple c..!
A 18h arrêt imprévu en pleine montagne.
Rapidement un bouchon de plusieurs kilomètres se forme derrière nous (on saura bientôt qu'un bouchon tout aussi long est en train de se former dans l'autre sens, devant nous).
Aucun de nos deux voyageurs n'étant réputé pour ses trésors de patience,ils décident d'aller voir ce qui se passe en aval.
Ce qui se passe, c'est que deux "titans", comme on appelle ici les semi-remorques de 50 tonnes, se sont renversés en se croisant au point le plus étroit et le plus inaccessible de la route, dans les aiguilles de Kara, falaise à droite, à-pic à gauche.
Comme la route est le passage obligé entre le port de Lomé et tous les pays Sahéliens et qu'elle enregistre un trafic à côté duquel le périphérique de Paris aux heures de pointe ou l'autoroute du Soleil le jour du début des grandes vacances c'est franchement de la gnognotte, on imagine la catastrophe.
Pour ne rien arranger, la nuit tombe (vite, comme partout sous les tropiques) et un superbe orage tropical de fin de mousson nous tombe dessus.
Pour ceux qui n'ont jamais connu un orage tropical de fin de mousson : mettez vous tout habillés dans votre baignoire, ouvrez la douche à fond pendant une heure, vous aurez une petite idée…
(à suivre…)
Je veux dire, de cette façon absconse qui commence par : "AZERTYUIOP"?
C'est un effet de la mémoire des formes.
Je m'explique à l'aide d'un exemple.
Ceux des lecteurs qui ont comme moi grandi dans les années '60 et '70 et à fortiori les lecteurs plusâgés ont encore dû connaître les machines à écrire mécaniques,où les des caractères en plomb étaient fixés au bout de longues tiges plates d'acier et venaient frapper le papier, serré sur un rouleau en caoutchouc, à travers un ruban encreur.
Pour les plus jeunes, ils n'ont qu'à faire un effort d'imagination : oui il y a eu une époque sans imprimante laser ou on dactylographiait, au sens étymologique du terme, c'est à dire qu'on écrivait littéralement à la force des doigts…
Et bien, ceux qui se souviennent de cette époque antique, se souviennent aussi qu'en frappant deux touches dans une succession trop rapide on risquait fort de voir les longes tiges d'acier s'emmêler et les touches se bloquer.
Pour ma part c'était un de mes grands plaisirs d'enfant de parvenir à ce résultat avec le plus grand nombre de touches possible.
Sur les toutes premières machines à écrire, à la fin du XIXe siècle,début du XXe, c'était un gros problème.
Parce que, comme les secrétaires dactylos acquéraient de la virtuosité dans leur frappe au clavier, les fréquents blocages abîmaient la mécanique et nuisaient à la qualité du résultat.
Avant d'améliorer le mécanisme des machines, on imagina donc d'abord de ralentir la frappe en adoptant la disposition des touches la moins ergonomique possible :"AZERTYUIOP", pour le français, "QWERTYUIOP", pour les langues anglaise et allemande.
L'amélioration mécanique,l'arrivée de la machine IBM à boule, puis du traitement de textes on rendu absolument inutile et même franchement contre-productive une telle disposition des touches.
Mais voilà : toutes les dactylos ont appris à taper sur un clavier AZERTY, personne n'a eu envie de fixer une nouvelle norme, le poids de l'habitude a joué et c'est pourquoi vous utilisez sur un ordinateur du XIXe siècle une disposition de touche destinée à vous ralentir si vous aviez utilisé une machine à écrire du XIXe, alors qu'il serait parfaitement possible de multiplier par deux la vitesse de frappe aujourd'hui.
Cette longue introduction pour illustrer ce que j'appelle la"mémoire des formes", ou comment des formes d'objets audépart adaptées à une technologie donnée pour remplir une fonction précisesurvivent dans d'autres objets utilisant une technologie différente pour remplir la même fonction.
Qu'est-ce que tout ceci vient faire dans un journal de bord consacré à la vie en Afrique de l'Ouest?
C'est qu'on vient d'en avoir une très jolie illustration.
Pour commencer il faut savoir que de nombreux quartiers de Ouagadougou ne sont pas raccordés à l'électricité (les quartiers dits "non lotis").
Par ailleurs, dans ceux qui y sont raccordés, les coupures sont fréquentes, surtout en saison chaude (ici on consomme de l'énergie pour se refroidir, pas pour se chauffer, contrairement à l'Europe du Nord).
Donc, la bonne vieille lampe à pétrole de nos grand-mères est encore ici un objet de consommation courante.
Les progrès de la technologie des diodes électroluminescentes, la baisse de leur prix et la diminution de leur consommation de courant ont fait que de plus en plus, ces derniers temps, les lampes à pétrole sont remplacées par des lampes à LED.
Le rigolo, c'est que celles qui sont le plus vendues ici ont la forme d'une lampe à pétrole, grille pare-brûlures, réservoir àpétrole et bouchon de réservoir inclus.
Celle qui trône sur notre télévision est du modèle "lampe Davis" (comme celles des mineurs) et l'interrupteur se trouve au milieu du bouchon de réservoir (bouchon et réservoirs qui ne sont d'ailleurs respectivement, ni un bouchon, ni un réservoir).
Bon, si vous voulez faire plus moderne, on en vend aussi en forme de Lumogaz à manchon Auer.
On a encore revu le vendeur de pingouins.
Cette fois-ci, il ne nous a même pas adressé la parole, détournant même ostensiblement la tête du spectacle révoltant de ces deux blancs trop fauchés pour posséder une piscine ni même une baignoire.
Il avait aujourd'hui sous le bras, en plus des pingouins, une piscine gonflable miniature pour enfants…
Je ne serais pas étonné qu'il nous nargue.
On a revu le même vendeur de pingouins gonflables.
Cette fois, ayant intégré le fait que nous n'avions pas de piscine, il nous a présenté un modèle nettement moins impressionnant : 30 cm au garrot à tout casser.
Pour nous amuser dans la baignoire, a-t-il expliqué.
Quand nous avons du lui avouer qu'on se contentait d'une douche, il est parti en grommelant contre les blancs fauchés et en regrettant à haute voix le temps béni des colonies ou au moins les européens avaient des sous.
Nous avons vu un pingouin à Ouagadougou.
Non, pas au zoo (il n'y en a pas, de zoo).
Non, on avait pas bu (quoique c'est au maquis qu'on l'a vu).
Un beau pingouin.
Près d'un mètre vingt.
Et gros avec ça.
Bon, ok, il était en plastique gonflable et un petit vendeur ambulant essayait de nous le refourguer pour décorer notre piscine.
On a du lui expliquer que Dominique n'avait pas d'enfant et que la fille de Francis avait passé l'âge de jouer avec des pingouins en plastique.
Et puis franchement comme animaux gonflables pour piscine, ils pourraient quand même faire un peu plus couleur locale, je ne sais pas moi, hippopotames, crocodiles,..
Pour se débarrasser du camelot il a fallu ajouter qu'on avait pas de piscine, faute de moyens (ce après quoi il nous a pris pour des menteurs doublés de radins).
Mi-janvier un des principaux quotidien du pays a osé titrer en "une" : "Froid de loup en attendant la poussière".
La température nocturne était descendue à 16° Celsius (+16° évidemment).
Bon, la poussière est arrivée avec l'Harmattan, pour le froid de loup, les potes restés en Belgique et en France apprécieront.
Très prochainement de retour sur votre écran "Petits récits de voyage' (saison2).
Bruxelles-Paris-Ouagadougou-Lomé-Cotonou-Lomé-Ouagadougou-Lomé-Cotonou-Lomé-Paris-Bruxelles-Toulon-Charleroi-Bruxelles-Paris-Lomé-Ouaga dans cet ordre et en moins de trois mois.
En avion en bus, en taxi brousse et en moto.
Pendant la saison des pluies.
Une triple hernie discale, deux palus, une appendicite aigüe et une bronchite.
Bref, nettement plus palpitant que le Paris Dakar (chochottes, va!)
Burkinabè (n.m., habitant du Burkina Faso) s'écrit avec un "è" final et ne prend pas d' "s" au pluriel.
Je fais assez de fautes de frappe comme ça dans ce blog, mais ça, ce n'en est pas une.
Vous connaissez la plus courte histoire drôle burninabè?
"Sap, sap" (vite,vite).
Hahahahahahahaha!
Il a plu aujourd'hui à Ouaga!
Bon, ok 2 x 1 minute et pas assez de goutes pour nous faire quitter la terrasse. Mais enfin...
Pour ceux qui l'ignoreraient encore, l'auteur de ces lignes, Dominique, est sociologue et c'est à se titre qu'il a fait ses premiers pas en Afrique de l'Ouest en travaillant sur l'utilisation de thématiques identitaires dans le débat politique ivoirien à partir du milieu des années 90 et les risques de violences que comportaient cette exploitation politicienne de l'identité.
En 2001 il a co-réalisé le film de Benoît Scheuer, "Côte d'Ivoire, poudrière identitaire", film qui annonçait en 2001, de manière hélas prophétique, les risques d'embrasement qui guettaient la Côte d'Ivoire.
Comme un tas de gens n'arrêtent pas de me demander à le voir, que je n'ai plus de Dvd, que j'ai du moi-même transcoder une VHS pirate trouvée à Ouaga pour en avoir une mauvaise copie sur CD et que la situation ne va pas s'améliorer avant mon prochain passage en Europe, je suggère aux amis intéressés et qui ne l'auraient pas encore vu de le regarder sur dailymotion.
C'est une version pirate mais intégrale mise en ligne sans autorisation par on ne sait qui, mais enfin c'est déjà ça.
Quand on sait que ce film a été financé entièrement et à fonds perdu par l'auteur principal du film il y a de quoi râler des 12 000 types qui l'ont visionnés sur dailymotion sans devoir verser un franc de droits.
Si on compte les centaines de milliers de VHS qui se sont copiées en Afrique de l'Ouest (toujours sans un franc de droits) on se prend à rêver, peut être aurait-il eu moyen de le rembourser ce film.
Bon le but était de prévenir un conflit pas de gagner des sous, sinon on aurait fait autre chose :)
Aller, hop, dailymotion :
Vous avez trouvé la réponse au quizz de notre livraison précédente de cette petite chronique du temps africain?
Non?
Et bien c'est vraiment dommage, parce qu'on comptait sur vous pour savoir quand on doit rester à la maison pour lui ouvrir, au plombier.
Bon maintenant, ça n'a peut-être rien de spécifiquement africain, les plombiers sont des enfoirés partout dans le monde.
Comme disait Woody Allen : "Non seulement Dieu est mort, mais essayez de trouver un plombier le dimanche".
Les lecteurs attentifs de notre lexique du français populaire d'Afrique de l'ouest auront noté que "il y a longtemps" se dit "ça fait deux jours", quelle que soit la période de temps considéré.
Exemples : "On était ensemble en maternelle, non, ça vaut au moins deux jours qu'on ne s'est plus vus. On dit quoi? Ah tu est retraité et arrière grand père..." ou "Les dernières chutes de neige à Ouaga, ça vaut deux jours".
Ca, c'est lorsqu'il s'agit d'indiquer une période de temps un passé compris lointain compris entre l'avant veille (si le passé est plus récent on dit : "on s'est vu hier, non?") et le paléolothique supérieur.
Pour les périodes comprises entre le paléolithique inférieur et le précambrien on pourra oser l'expression : "il y a longtemps", mais ceci nous éloigne de notre sujet et de notre quizz.
Sachant donc qu'en français populaire local "deux jours" désigne une période indéfinie mais d'une longueur qui semble importante au locuteur lorsqu'il parle du passé, à votre avis, de quelle date précise, dans l'avenir cette fois, parlait notre plombier quand il nous a dit fin janvier :"Je passe changer ce robinet dans deux jours"?
En Europe, quand on vous sert une bière ou une limonade, on place EN DESSOUS du verre un sous-bock en carton pour éviter que du liquide ne coule sur la table et de là éventuellement sur vos genoux.
En Afrique de l'ouest, on ne vous donne pas de sous-bocks mais un surbock en bois, en plastique ou en verre qu'on place SUR le verre.
Non, les Africains ne sont pas fous et ne font pas les choses à l'envers : la table on s'en fout et si du liquide coule dessus, vu la chaleur, il s'évaporera avant de vous tomber sur le pantalon.
En revanche, si vous ne couvrez pas votre boisson, il ne faudra pas deux minutes pour qu'une centaine de mouche y batifolent gaiement.
Une anecdote encore, mais cette fois parfaitement inventée de nous faire rire autant que les authentiques.
La société internationale de linguistique Gur organise à l'Université Humboldt de Berlin son traditionnel colloque biennal de philologie voltaïque (comme tout le monde le sait, le mooré appartient à la famille Gur -anciennement appelée voltaïque-. du grand groupe Niger/Congo auquel se rattachent une grande majorité des langues parlées en Afrique subsaharienne).
Une éminent africaniste, professeur à l'Université de Salamanque aborde un de ses collègue, enseignant de langues et littératures traditionnelles à la faculté de lettres de l'Université de Ouagadougou.
Il lui demande :"Cher confrère, existe-t-il en langue mooré un terme qui rende exactement le sens et les nuances du mot espagol 'mañana'?"
Le professeur burkinabè réfléchit longuement puis lui répond sur un ton hésitant : "Il y aurait bien un mot, mais qui ne rend pas parfaitement ce sentiment d'extrême urgence...".
Mort de rire...
Dominique.
Une anecdote parfaitement authentique, déjà ancienne mais qui nous fait encore beaucoup rigoler, des années après.
On se retrouve Francis et moi à manger une brochette et boire une bière dans un petit maquis populaire, en attendant l'ouverture de notre banque, sur l'avenue Kwamé N'Kruhma, l'artère principale du centre ville de Ouagadougou.
Le soleil tape dur à midi en avril et tout le monde a cherché refuge à l'ombre.
Vient à passer un Européen qui cherche des yeux une place ailleurs que sous le cagnard, en terrasse.
Comme il ne reste plus une table de libre on l'invite à s'asseoir avec nous avant qu'il ne s'attrape une insolation et on bavarde un peu autour d'une Flag.
Il nous apprend qu'il est allemand (on l'aurait d'ailleurs deviné rien qu'à son accent), qu'il travaille pour le D.E.D., le service de coopération de la R.F.A. et qu'il n'est arrivé à Ouagadougou que depuis trois mois.
Pendant qu'on cause gentiment, la nuée habituelle de petits vendeurs ambulants vient nous proposer l'assortiment habituel de cigarettes, matériel électrique, T-Shirts, jeans, DVD pirates, cassettes, bijoux, etc.
Comme on est près de l'avenue Kwamé N'Kruhma,coin à bourgeois et autres touristes blancs, on nous offre aussi la presse hebdomadaire française, des contrefaçons de parfums Dior et Channel et autres contrefaçons d'articles de "luxe".
Francis et moi on se débarrasse de la plupart d'entre eux assez rapidement en envoyant les plus insistants se faire voir en Mooré ou en français local, ce qui se révèle particulièrement efficace.
Arrive un vendeur de fausses Rolex, Bretling et autres copies de grandes marques de montres.
Là c'est notre nouveau copain allemand qui nous en débarrasse à la vitesse de l'éclair en braillant, rouge comme une pivoine avec son accent germanique :
"ET BOURGUOI CHE TERVRAIS AJEDER UNE MONDRE?
IL Y A CHAMAIS BERSONNE GUI EST A L'HEURE, TANS ZE BAYS!"
C'est là qu'on se rend compte du choc culturel que le pauvre a du subir...
Ca c'est après...
J'en ai eu pour mon argent!
Du moins question volume.
Parce que question stylisme...
Nous espérons vous faire sourire un peu, mais gardez-vous de juger :
Toujours un douanier voleur
Trois cent mocassins cent vingt tapis onze Macintosh Une chambre froide un hachoir une meule Cinq baby-foot douze nappes neuf écrans dix neuf pneux soixante-neuf casques de chantier Trente sept mètres cubes dix tonnes
Cinq ou six douaniers voleurs
Quinze cartons volés quelques millions partis en fumée Une addition salée des sous envolés Un Francis très fâché un Dominique désolé
Et...naturellement : un douanier voleur
Version originale de l'inventaire de Jacques Prévert : Une pierre deux maisons trois ruines un jardin des fleurs quatre fossoyeurs un raton laveur une lame de fond six musiciens une douzaine d'huîtres un citron un pain un rayon de soleil un monsieur décoré de la légion d'honneur une porte avec son paillasson un autre raton laveur la fleur qu'on appelle souci un sculpteur qui sculpte des Napoléon deux amoureux sur un grand lit un receveur des contributions une chaise trois dindons un ecclésiastique un furoncle un receveur des contributions une chaise trois dindons une guêpe une écurie de courses un rein flottant deux filles de joie un oncle Cyprien Un fils indigne deux frères dominicains trois sauterelles un strapontin une Mater dolorosa trois papas gâteau deux chèvres de Monsieur Seguin un fauteuil Louis XVI un talon Louis XV un tiroir dépareillé un buffet Henri II deux buffets Henri III trois buffets Henri IV un homme du monde deux chirurgiens trois végétariens un cannibale une pelote de ficelle deux épingles de sûreté un monsieur âgé une Victoire de Samothrace un comptable deux aides-comptables une expédition coloniale un cheval entier une demi-pinte de bon sang une mouche tsé-tsé un homard à l'américaine un jardin à la française deux pommes à l'anglaise un jour de gloire un face-à-main un valet de pied un orphelin un poumon d'acier une semaine de bonté une année terrible un mois de Marie une minute de silence une seconde d'inattention et...
cinq ou six ratons laveurs un petit garçon qui sort de l'école en riant un petit garçon qui entre à l'école en pleurant deux pierres à briquet une fourmi un paysage avec beaucoup d'herbe verte dedans dix-sept éléphants un juge d'instruction en vacances assis sur un pliant deux belles amours trois grandes orgues un veau marengo une vache un taureau un siphon d'eau de Seltz un soleil d'Austerlitz un vin blanc citron deux sœurs latines trois dimensions douze apôtres mille et une nuits trente-deux positions six parties du monde sept péchés capitaux deux doigts de la main dix gouttes avant chaque repas un Petit Poucet un grand pardon un calvaire de pierre trente jours de prison dont quinze de cellule cinq minutes d'entracte. cinq points cardinaux dix ans de bons et loyaux services et... plusieurs ratons laveurs. La reprise pour la chanson de Vladimir Kosma (1957) :
deux pierres trois fleurs un oiseau une triperie vingt-deux fossoyeurs un amour le raton laveur une madame untel un grand rayon de soleil un citron un pain une lame de fond un pantalon une porte avec son paillasson un Monsieur décoré de la légion d'honneur le raton laveur un sculpteur qui sculpte des Napoléon la fleur qu'on appelle souci deux amoureux sur un grand lit un carnaval de Nice une chaise trois dindons un ecclésiastique un furoncle une guêpe un rein flottant une douzaine d'huîtres une écurie de courses un fils indigne deux pères dominicains trois sauterelles un strapontin une fille de joie trois ou quatre oncles Cyprien le raton laveur une mater dolorosa deux papas gâteau trois rossignols deux paires de sabots cinq dentistes un homme du monde une femme du monde un couvert noir deux cabinets deux petit'suisses un grand pardon une vache un samovar une pinte de bon sang un monsieur bien mis un cerf volant un régime de bananes une fourmi une expédition coloniale un cordon sanitaire trois cordons ombilicaux un chien du commissaire un jour de gloire un bandage herniaire un vendredi soir une chaisière un œuf de poule un vieux de la vieille trois hommes de guerre un François premier deux Nicolas II trois Henri III le raton laveur un père Noël deux sœurs latines trois dimensions mille et une nuits sept merveilles du monde quatre points cardinaux 1 2 3 4 heures précises douze apôtres quarante-cinq ans de bons et loyaux services deux ans de prison six ou sept péchés capitaux trois mousquetaires vingt mille lieues sous les mers trente-deux positions deux mille ans avant Jésus-Christ cinq gouttes après chaque repas quarante minutes d'entracte une seconde d'inattention et naturellement... le raton laveur...
Vu de plus près, c'est par ici :
Là ça commence à se préciser, on distinguer nettement le Burkina Faso :
Une fois là, viser Ouagadougou :
A Ouga, demander le rond-point "Patte d'oie" :
Puis suivre le plan :
On vous parlait, dans une livraison précédente, des commerces informels de bois de chauffe en mileu urbain Ouagalais et des immigrants indésirables (serpent, scorpions, termites...) dont ils provoquent l'arrivée en ville.
Pour ceux d'entre vous dont l'imagination déficiente (ou la paresse d'esprit) ne permettrait pas de se représenter avec précision ce dont il s'agit, nous avons pris ce cliché à 100 m de la villa...
Le portable sonne : c'est Sana, la fiancée de Francis qui nous avertit qu'elle est à la villa, devant une porte close.
On rentre au pas de gymnastique, on ouvre la porte, Sana éclate de rire et Francis et Dominique rient jaune : la braise est magnifique, mais ce qui fait penser à du charbon de bois, maintenant, c'est le contenu de la poêle.
Nettoyage express de la gamelle et repas alternatif improvisé en quatrième vitesse : omelette avec ce qui reste de légumes et de piments.
Bref : Sana doit vraiment être amoureuse, parce ce genre de repas de Saint Valentin (joint à l'absence de tout cadeau, pour cause de dèche), ça en pousserait plus d'une à rompre sur le champ!
Après, le violent Harmattan de la nuit de jeudi à vendredi, journée grise et fraîche, avec une petite brise (genre Harmattan, modèle fillette).
Les autochtones se plaignent du froid, Francis et Dominique respirent après deux jours et deux nuits caniculaires.
Pouvoir se taper leurs 10 à 15 km à pieds quotidiens sans avoir le t-shirt trempé après 10 minutes de marche n'est pas fait pour leur déplaire.
Cette nuit (celle du vendredi 17 au samedi 18) : re-Harmattan.
Conséquences prévisibles :
Avec un fer à charbon de bois les chemises sont nickel : avis à toutes les Marianne et mamans du monde !
Des trois associés de départ pour la grande aventure du Burkina Fasso ne reste qu'un duo de choc : Francis et Dominique, bien décidés, eux, à prendre racine ici (et pour Francis, même d'y faire souche).
Fred nous quitte dans la nuit du 13 au 14 février, son avion décolle à 4h30 le matin de la Saint Valentin, ne manquant pas comme de juste de réveiller les deux autres restés dormir à la villa.
Boarf, un avion ça dure moins longtemps que ses ronflements et, globalement, c'est moins désagréable.
Il ne nous reste plus qu'à dessouder 3 muezzin, un curé et un pasteur pour pouvoir dormir des nuits convenables.
C'est déjà un début...
(4 janvier -8 février 2006)
CLIMAT
Le temps polaire (35° la journée, tombant parfois à 25° voire 20° la nuit) reculant en faveur d'un temps un peu plus printanier (38° la journée, 30° à 35° la nuit), nous avons donc pu ranger les édredons en plumes et les doudounes.
SOMMEIL, RELIGIONS, TRANSPORTS AERIENS et FAUNE AU BURKINA FASO
Francis et moi avons assez mal dormi au début.
Il faut dire que les nuits ne sont pas particulièrement tranquilles.
Les deux dancings du coin diffusent à profusion de la variété locale (beurk) jusquà des heures pas possibles.
Vers 3h30, les muezzins entament, en canon, l'appel à la prière à l'intention des musulmans du coin (Allahouakbar!).
Sur le coup de 4 heures et demie, les catholiques de la chapelle en plein air située juste en face de la concession, appellent à mâtines, en frappant à coups de masse sur une jante de camion suspendue par une corde à un arbre, faute de cloches (bang, bing, bang!).
Après quoi les protestants d'à côté se mettent à chanter la gloire de Dieu (Amen, Alléluia!) sur des airs de gospels baptistes américains.
Il arrive aussi que les animistes organisent une procession nocturne de masques et de fétiches au rythme des tam-tam (badaboum, badaboum!).
La tolérance religieuse au Burkina Faso est admirable, mais nous apprécierions la tenue d'un forum oecuménique pour qu'imams, curés, pasteurs et sorciers se mettent une fois pour toutes d'accord sur une même heure de prière pour tous, Nom de Dieu(x)!
Pour ne rien gâcher, la villa est située pile poil dans l'axe de la piste d'atterrissage de l'aéroport international de Ouagadougou à moins d'un kilomètre du début de piste...
Résultats : les avions passent à très très basse altitude au-dessus de la maison.
Les vols Air France, ça va, mais les vieux coucous d'Air Burkina ou Air Mali (également connue sous le nom évocateur d'Air Peut-être), là on a carrément l'impression que les tôles du toit vont s'envoler et on surveille chaque matin les fissures de la maison pour voir de combien elles se sont agrandies...
On passe sur les Tupolev et Iliouchine perdant des boulons des compagnies charter libyennes emmenant les pèlerins à La Mecque...
Un de ces jours, l'un d'entre eux s'écrasera dans la piscine et nous réveillera de manière définitive.
Quand on pense aux petits bourgeois douillets qui protestent contre les vols de nuit à Zaventem et qui ont fait fuir DHL et ses emplois, ici, on se marre doucement.
N'oublions pas les geckos, ces sympatiques reptiles, qui ressemblent à de gros lézards multicolores.
On en a toute une colonie à la maison, tant dans le jardin qu'a l'intérieur où ils se baladent sur les murs et logent dans les faux plafonds.
On les aime bien et on n'a garde de les chasser, parce que ces redoutables insectivores nous permettent de ne voir jamais aucune mouche, même lorsque nous mangeons en plein air dans jardin, et quasiment pas un moustique (un luxe sous ces latitudes).
Le hic, c'est que ces charmants animaux domestiques poussent leurs cris d'amour la nuit et le cri d'amour d'un gecko, ça ressemble à celui d'un crapaud enroué qui se serait piqué aux stéroïdes anabolisants avant d'avaler un mégaphone.
De temps en temps, on a droit aussi aux multiples chats du voisin venus chasser la souris, la nuit, sur le toit tôlé.
Sans oublier, tous les matins, les petits oiseaux insectivores venus becqueter les scarabées ayant eu l'imprudence de venir se chauffer aux premiers rayons du soleil sur les volets métalliques des chambres (ça, ça fait le bruit d'un pic-vert sous amphétamines s'attaquant à une cymbale).
Il n'y en a qu'un que le tintamarre ne me dérange pas.
Fred a du mal a s'endormir, mais une fois dans les bras de Morphée, plus rien ne parvient l'en sortir.
Francis et moi pouvons pester, râler, jurer : l'autre dort.
Il rêve aussi.
A en juger par le bruit émanant de sa chambre il doit rêver qu'il est un gros hélicoptère vrombissant dans le ciel étoilé.
"Frédéric ! Arrête de ronfler ! Nondidju !" devons-nous hurler en choeur pour ça cesse.
Cela étant dit, après deux mois on est habitués, ce qui nous réveille maintenant, c'est quand le vol de 5h d'Air Burkina a du retard...
SYSTEME BANCAIRE DU BURKINA FASO
Petit gag bancaire.
Pendant que Francis se démenait au Ghana pour dédouaner notre foutu container, Fred et moi nous rendons à la banque pour ouvrir un compte.
Ici, les banques sont gardées à la fois par des vigiles, des policiers et parfois des militaires.
En attendant l'ouverture des guichets, Fred, passionné d'armes, discute avec un type en uniforme armé d'un fusil d'assaut FNC.
Histoire de montrer sa connaissance du domaine et d'engager la conversation, il lui fait remarquer qu'il s'agit de matériel fabriqué en Belgique, son pays natal.
Avec un grand sourire le type en uniforme, lui tend l'engin, en disant "Vous voulez essayer ?"
Tête ahurie de Fred qui, après une seconde de réflexion, décline poliment l'offre, en rétorquant "Non merci, je viens faire un petit dépôt et non un gros retrait".
Autre petit gag bancaire.
Sortant de ladite banque, écoeurés par le parcours du combattant administratif pour pouvoir ouvrir un malheureux compte courant, je suggère à Fred d'essayer dans une autre, espérant trouver des banquiers plus amènes et moins bouchés et ne pas m'être tapé, sous le cagnard, les 5km qui nous séparent du centre ville pour rien.
Nous trouvant sur l'avenue Dr Kwamé N'Krumah (l'avenue principale de Ouaga), les banques, ce n'est pas ça qui manque.
On décide donc de les faire
toutes, dans l'ordre où on les trouvera sur le chemin du retour.
On commence par la première, une filiale de BNP-Paribas.
Je me renseigne au guichet pour savoir comment ouvrir compte commercial et comptes privés et on me donne le nom des deux chargés de relations avec la clientèle professionnelle.
En cherchant dans le labyrinthe de l'étage des bureaux, un aimable employé s'offre à nous guider : coup de chance, c'était l'un des deux chargés de relations que nous recherchions.
Devant répondre à un appel sur son portable, il nous prie de l'excuser de l'interruption, discute quelques minutes avec son interlocuteur, puis s'enquiert de nos desiderata bancaires.
Nettement plus aimable qu'à la banque précédente, après avoir causé formalités et paperasses, il nous interroge plaisamment sur nos raisons d'avoir choisi le Burkina Faso pour monter une affaire commerciale.
Je lui explique en deux mots les circonstances qui m'ont amené à faire connaissance du pays et mes séjours consécutifs dans un pays que j'ai appris à aimer.
Là ou ça devient franchement comique, c'est qu'en bavardant il nous dit qu'il connait fort bien le film "Côte d'Ivoire, poudrière identitaire", qu'il est lui-même membre et trésorier du "Tocsin", l'association de mon vieil ami le Pr Albert Ouedraogo et que c'était précisément ce dernier qui avait interrompu le début de notre entretien par un appel sur son portable!
Ayant, de plus, l'impression de nous être déjà rencontrés, lui et moi, tout d'un coup nous nous rendons compte que c'est lui qui était avec moi dans la Mercedes d'Albert Ouedraogo lorsqu'il m'a conduit à Po, filmer les réfugiés bukinabè fuyant la Côte d'Ivoire, en novembre 2002.
Amitié immédiate, présentation à tout ce qui compte dans la banque et ouverture dès le lendemain des comptes privés avec chéquier et cartes de crédit (sans fiches de salaires, ni emploi et avec un dépôt initial ridicule, faut le faire).
Depuis on passe devant tout le monde dans les files et il est convenu d'aller manger chez lui prochainement.
Deux réflexions : le monde est décidément petit et, pour une fois qu'on a de la chance, on ne va pas la bouder.
PAYS VOISINS
Le Burkina est décidément le pays des hommes intègres : Francis est revenu il y a plus d'une semaine de son séjour au Ghana et au Togo et il n'a pas encore fini de râler sur le niveau de corruption des deux pays (et quand Francis, râle...).
REGIME ET SVELTESSE
Pour le reste, a force de ne boire que de l'eau, de manger peu et sain et de ma taper 15km à pieds tous les jours dans une température de sauna, j'ai perdu mon abcès de comptoir et retrouvé le tour de taille de mes vingt ans.
Plus de news bientôt.
Dominique..
SOMMEIL, RELIGIONS, TRANSPORTS AERIENS et FAUNE AU BURKINA FASO Francis et moi avons assez mal dormi au début. Il faut dire que les nuits ne sont pas particulièrement tranquilles. Les deux dancings du coin diffusent à profusion de la variété locale (beurk) jusquà des heures pas possibles. Vers 3h30, les muezzins entament, en canon, l'appel à la prière à l'intention des musulmans du coin (Allahouakbar!). Sur le coup de 4 heures et demie, les catholiques de la chapelle en plein air située juste en face de la concession, appellent à mâtines, en frappant à coups de masse sur une jante de camion suspendue par une corde à un arbre, faute de cloches (bang, bing, bang!). Après quoi les protestants d'à côté se mettent à chanter la gloire de Dieu (Amen, Alléluia!) sur des airs de gospels baptistes américains. Il arrive aussi que les animistes organisent une procession nocturne de masques et de fétiches au rythme des tam-tam (badaboum, badaboum!). La tolérance religieuse au Burkina Faso est admirable, mais nous apprécierions la tenue d'un forum oecuménique pour qu'imams, curés, pasteurs et sorciers se mettent une fois pour toutes d'accord sur une même heure de prière pour tous, Nom de Dieu(x)! Pour ne rien gâcher, la villa est située pile poil dans l'axe de la piste d'atterrissage de l'aéroport international de Ouagadougou à moins d'un kilomètre du début de piste... Résultats : les avions passent à très très basse altitude au-dessus de la maison. Les vols Air France, ça va, mais les vieux coucous d'Air Burkina ou Air Mali (également connue sous le nom évocateur d'Air Peut-être), là on a carrément l'impression que les tôles du toit vont s'envoler et on surveille chaque matin les fissures de la maison pour voir de combien elles se sont agrandies... On passe sur les Tupolev et Iliouchine perdant des boulons des compagnies charter libyennes emmenant les pèlerins à La Mecque... Un de ces jours, l'un d'entre eux s'écrasera dans la piscine et nous réveillera de manière définitive. Quand on pense aux petits bourgeois douillets qui protestent contre les vols de nuit à Zaventem et qui ont fait fuir DHL et ses emplois, ici, on se marre doucement. N'oublions pas les geckos, ces sympatiques reptiles, qui ressemblent à de gros lézards multicolores. On en a toute une colonie à la maison, tant dans le jardin qu'a l'intérieur où ils se baladent sur les murs et logent dans les faux plafonds. On les aime bien et on n'a garde de les chasser, parce que ces redoutables insectivores nous permettent de ne voir jamais aucune mouche, même lorsque nous mangeons en plein air dans jardin, et quasiment pas un moustique (un luxe sous ces latitudes). Le hic, c'est que ces charmants animaux domestiques poussent leurs cris d'amour la nuit et le cri d'amour d'un gecko, ça ressemble à celui d'un crapaud enroué qui se serait piqué aux stéroïdes anabolisants avant d'avaler un mégaphone. De temps en temps, on a droit aussi aux multiples chats du voisin venus chasser la souris, la nuit, sur le toit tôlé. Sans oublier, tous les matins, les petits oiseaux insectivores venus becqueter les scarabées ayant eu l'imprudence de venir se chauffer aux premiers rayons du soleil sur les volets métalliques des chambres (ça, ça fait le bruit d'un pic-vert sous amphétamines s'attaquant à une cymbale). Il n'y en a qu'un que le tintamarre ne me dérange pas. Fred a du mal a s'endormir, mais une fois dans les bras de Morphée, plus rien ne parvient l'en sortir. Francis et moi pouvons pester, râler, jurer : l'autre dort. Il rêve aussi. A en juger par le bruit émanant de sa chambre il doit rêver qu'il est un gros hélicoptère vrombissant dans le ciel étoilé. "Frédéric ! Arrête de ronfler ! Nondidju !" devons-nous hurler en choeur pour ça cesse. Cela étant dit, après deux mois on est habitués, ce qui nous réveille maintenant, c'est quand le vol de 5h d'Air Burkina a du retard... SYSTEME BANCAIRE DU BURKINA FASO Petit gag bancaire. Pendant que Francis se démenait au Ghana pour dédouaner notre foutu container, Fred et moi nous rendons à la banque pour ouvrir un compte. Ici, les banques sont gardées à la fois par des vigiles, des policiers et parfois des militaires. En attendant l'ouverture des guichets, Fred, passionné d'armes, discute avec un type en uniforme armé d'un fusil d'assaut FNC. Histoire de montrer sa connaissance du domaine et d'engager la conversation, il lui fait remarquer qu'il s'agit de matériel fabriqué en Belgique, son pays natal. Avec un grand sourire le type en uniforme, lui tend l'engin, en disant "Vous voulez essayer ?" Tête ahurie de Fred qui, après une seconde de réflexion, décline poliment l'offre, en rétorquant "Non merci, je viens faire un petit dépôt et non un gros retrait". Autre petit gag bancaire. Sortant de ladite banque, écoeurés par le parcours du combattant administratif pour pouvoir ouvrir un malheureux compte courant, je suggère à Fred d'essayer dans une autre, espérant trouver des banquiers plus amènes et moins bouchés et ne pas m'être tapé, sous le cagnard, les 5km qui nous séparent du centre ville pour rien. Nous trouvant sur l'avenue Dr Kwamé N'Krumah (l'avenue principale de Ouaga), les banques, ce n'est pas ça qui manque. On décide donc de les faire toutes, dans l'ordre où on les trouvera sur le chemin du retour. On commence par la première, une filiale de BNP-Paribas. Je me renseigne au guichet pour savoir comment ouvrir compte commercial et comptes privés et on me donne le nom des deux chargés de relations avec la clientèle professionnelle. En cherchant dans le labyrinthe de l'étage des bureaux, un aimable employé s'offre à nous guider : coup de chance, c'était l'un des deux chargés de relations que nous recherchions. Devant répondre à un appel sur son portable, il nous prie de l'excuser de l'interruption, discute quelques minutes avec son interlocuteur, puis s'enquiert de nos desiderata bancaires. Nettement plus aimable qu'à la banque précédente, après avoir causé formalités et paperasses, il nous interroge plaisamment sur nos raisons d'avoir choisi le Burkina Faso pour monter une affaire commerciale. Je lui explique en deux mots les circonstances qui m'ont amené à faire connaissance du pays et mes séjours consécutifs dans un pays que j'ai appris à aimer. Là ou ça devient franchement comique, c'est qu'en bavardant il nous dit qu'il connait fort bien le film "Côte d'Ivoire, poudrière identitaire", qu'il est lui-même membre et trésorier du "Tocsin", l'association de mon vieil ami le Pr Albert Ouedraogo et que c'était précisément ce dernier qui avait interrompu le début de notre entretien par un appel sur son portable! Ayant, de plus, l'impression de nous être déjà rencontrés, lui et moi, tout d'un coup nous nous rendons compte que c'est lui qui était avec moi dans la Mercedes d'Albert Ouedraogo lorsqu'il m'a conduit à Po, filmer les réfugiés bukinabè fuyant la Côte d'Ivoire, en novembre 2002. Amitié immédiate, présentation à tout ce qui compte dans la banque et ouverture dès le lendemain des comptes privés avec chéquier et cartes de crédit (sans fiches de salaires, ni emploi et avec un dépôt initial ridicule, faut le faire). Depuis on passe devant tout le monde dans les files et il est convenu d'aller manger chez lui prochainement. Deux réflexions : le monde est décidément petit et, pour une fois qu'on a de la chance, on ne va pas la bouder. PAYS VOISINS Le Burkina est décidément le pays des hommes intègres : Francis est revenu il y a plus d'une semaine de son séjour au Ghana et au Togo et il n'a pas encore fini de râler sur le niveau de corruption des deux pays (et quand Francis, râle...). REGIME ET SVELTESSE Pour le reste, a force de ne boire que de l'eau, de manger peu et sain et de ma taper 15km à pieds tous les jours dans une température de sauna, j'ai perdu mon abcès de comptoir et retrouvé le tour de taille de mes vingt ans. Plus de news bientôt. Dominique..Ouagadougou |