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17 mai 2009

LA LOI DU MARCHE

Le 16 avril, Rood Woko, le grand marché couvert de Ouagadougou a rouvert officiellement ses portes, après six ans de fermeture suite à l'incendie qui l'avait ravagé en 2003.

Six ans de course aux financements, de travaux complexes, de péripéties diverses, de palabres avec les commerçants après : le plus grands marché couvert d'Afrique de l'Ouest est à nouveaux en activité.

On a été le visiter hier, deux jours après l'ouverture réelle au public (le 16 avril, c'était seulement l'inauguration officielle).

Les commerçants commencent seulement à s'installer, mais ça promet d'être assez extraordinaire : plus de 3200 emplacements, tous déjà loués sur deux niveaux et des milliers de mètres carrés refaits à neuf!

On y reviendra sûrement.

Petite anecdote : le nom du grand marché de Ouagadougou, "Rood Woko", veut dire en mooré, « marché continu » ou « marché à fréquentation permanente ».

Pourquoi ce nom?

Traditionnellement, en pays mossi, les marchés se tiennent tous les trois jours.

Et pourquoi trois jours, à votre avis?

Pour tenir compte du cycle de la préparation du dolo, cette bière de mil qui rythme la vie au village, et sans laquelle un marché manquerait définitivement du charme festif qui doit le caractériser.

Il n'y a que dans la capitale, Ouagadougou que le marché se tenait tous les jours.

Non que les Ouagalais soient moins sensibles que les autres Mossis aux charmes alcoolisés du dolo, simplement par que le statut de capitale de Ouagadougou permettait à ses habitants de bénéficier de sources d'approvisionnement diversifiées et donc de disposer de dolo frais tous les jours de la semaine.

D’où l’ancestral Rood Woko,qui fut installé longtemps à la place d’arme (rebaptisée depuis place de la Révolution, puis place de la Nation, au gré des régimes successifs qu'a connu le Faso), puis, après l'indépendance, déménagé sur son site actuel près de la maison du peuple et qui disparut dans les flammes en 2003.

La minute culturelle est terminée.

La dessus, à Rome comme chez les Romains, à Ouagadougou comme chez les Mossis, comme on a visité le marché, on va aller se boire une bière!

08 mars 2006

JOURNEE INTERNATIONALE DE LA FEMME

(Paradoxe) Aujourd'hui journée Internationale de la femme au Burkina Faso. Ca fait une semaine qu'on entend parler que de cela : TV, radios, journaux, même des pagnes et des T-shirts. Bref la femme est à l'honneur avec pompes et flon-flon. Tout ça est bien sympa, mais selon le rapport du Mouvement Burkinabé des Droits de l'Homme et de la Personne au Comité sur l'élimination de la discrimination à l'égard des femmes lors de sa 33e session tenue du 5 au 22 juillet 2005 à New-York : "Les femmes demeurent toujours, avec les enfants, les groupes les plus exposés à la pauvreté, aux violences de toutes sortes, à la discrimination et à l'exclusion sociale. [...][Elle] sont toujours victimes de violations de leur droits aussi bien au sein de la famille qu'au niveau de la socuiété. Le mariage précoce et forcé de la fille, le lévirat, la tutelle la succession [...] sont autant de séquelles de ces violences et de cette discrimination". Et on ne parle pas des mutilations génitales qui subsistent encore dans certaines provinces quoique le taux en ait très spectaculairement baissé depuis le lancement en 1992 d'une vigoureuse campagne contre l'excision et sa criminalisation en 1996 (de six mois à trois ans d'emprisonnement et des amendes de 150000 à 900000 CFA -c'est très élevé lorque l'on sait que le smic burkinabè est de 28000 CFA et qu'une immense partie de la population ne gagne même pas ce montant-). Bref, il y a encore un océan entre les célébrations officielles pleines d'emphase et d'autosatisfaction et la condition féminine au Burkina, même s'il faut reconnaître que c'est plus un problème culturel de résistance au changement que de législation ou de volonté politique. Celle-ci existe et il faut reconnaître des avancées importantes et parfois même spectaculaires, comme dans la lutte contre l'excision. Bref il y a encore du pain sur la planche.

18 février 2006

SAAM PUUSEM YAA A ZUBO

Non, Dominique ne s'est pas remis à picoler, comme pourrait le laisser supposer le caractère cryptique du titre. Il s'agit simplement d'un proverbe Mossi qui dit en langue mooré : "Les salutations pour en étranger lui sont un pesant fardeau", ce qui veut dire que le nouvel arrivant doit, en priorité, s'acquitter en priorité de ce préalable de bienséance et que, nom de nom, ce n'est pas de la tarte. Petit exemple de salutations entre celui qui arrive (Dominique dans notre exemple) et celui qui est sur place (dans l'exemple, Issa) : Dominique : Né y yibeoogo (Salut à vous/bonjour!) Issa : Yibeoog soab yaalà (Bienvenue à celui qui dit bonjour!) facultatif : D : Nàaba (Remerciement) D : Y yibeoog kibaré (Comment ça va?) I : Làafi (En bonne santé!) D : Y zak rãmbà? (Et chez vous?) I : Yéll ka yé (Il n'y a pas de problèmes!) D : Y paga? (Et votre épouse?) I : Làafi bàla (Tout à fait en bonne santé!) D : Kàmba fãà? (Et les enfants?) I : B kéemamé (Ils vont bien) D : W n barka (Dieu soit loué!) I : Y zak rãmbà? (Et chez vous?) D : Làafi bèemé'! (Il y a la santé) I : W n barka (Dieu soit loué!) Ca c'est la séquence minimale pour ne pas être impoli : avec un ancien, un notable, un chef traditionnel ça peut être nettement plus long... Cela étant dit, il n'est pas nécessaire de saluer en Mooré : les gens admettent parfaitement que vous les saluiez en Français, la grossièreté consisterait à omettre de saluer, ou à ne pas s'enquérir de la santé de tout le monde, ou à oublier de remercier Dieu pour les bonnes nouvelles. Résultat des bidons : chaque fois qu'on salue, on est parti pour un sérieux bout de temps bout de temps... Quizz : Sachant qu'on connaît tout le monde dans le quartier et que tout le monde nous connaît, qu'en conséquence on est bien obligé de se saluer, combien nous faut-il pour parcourir les 250 mètres qui nous séparent de l'endroit ou on prend le café le matin? Question subsidaire : A votre avis pourquoi, depuis un certain temps déjà, allons nous désormais prendre le café vers six heures moins le quart le matin, quand personne (ou presque) n'est encore réveillé dans le quartier? Bon allez, pour vous rassurer, avec un familier du même âge on peut se contenter de "Wanna-wanna?" ("Ca boume?"), réponse laconique "Làafi" ("Il y a la santé"), fin de la séquence "Okaaay" (ça c'est pas du mooré, c'est de l'américain).

08 février 2006

ANECDOTES OUGALAISES....

(4 janvier -8 février 2006)

CLIMAT

Le temps polaire (35° la journée, tombant parfois à 25° voire 20° la nuit) reculant en faveur d'un temps un peu plus printanier (38° la journée, 30° à 35° la nuit), nous avons donc pu ranger les édredons en plumes et les doudounes.

SOMMEIL, RELIGIONS, TRANSPORTS AERIENS et FAUNE AU BURKINA FASO

Francis et moi avons assez mal dormi au début.

Il faut dire que les nuits ne sont pas particulièrement tranquilles.

Les deux dancings du coin diffusent à profusion de la variété locale (beurk) jusquà des heures pas possibles.

Vers 3h30, les muezzins entament, en canon, l'appel à la prière à l'intention des musulmans du coin (Allahouakbar!).

Sur le coup de 4 heures et demie, les catholiques de la chapelle en plein air située juste en face de la concession, appellent à mâtines, en frappant à coups de masse sur une jante de camion suspendue par une corde à un arbre, faute de cloches (bang, bing, bang!).

Après quoi les protestants d'à côté se mettent à chanter la gloire de Dieu (Amen, Alléluia!) sur des airs de gospels baptistes américains.

Il arrive aussi que les animistes organisent une procession nocturne de masques et de fétiches au rythme des tam-tam (badaboum, badaboum!).

La tolérance religieuse au Burkina Faso est admirable, mais nous apprécierions la tenue d'un forum oecuménique pour qu'imams, curés, pasteurs et sorciers se mettent une fois pour toutes d'accord sur une même heure de prière pour tous, Nom de Dieu(x)!

Pour ne rien gâcher, la villa est située pile poil dans l'axe de la piste d'atterrissage de l'aéroport international de Ouagadougou à moins d'un kilomètre du début de piste...

Résultats : les avions passent à très très basse altitude au-dessus de la maison.

Les vols Air France, ça va, mais les vieux coucous d'Air Burkina ou Air Mali (également connue sous le nom évocateur d'Air Peut-être), là on a carrément l'impression que les tôles du toit vont s'envoler et on surveille chaque matin les fissures de la maison pour voir de combien elles se sont agrandies...

On passe sur les Tupolev et Iliouchine perdant des boulons des compagnies charter libyennes emmenant les pèlerins à La Mecque...

Un de ces jours, l'un d'entre eux s'écrasera dans la piscine et nous réveillera de manière définitive.

Quand on pense aux petits bourgeois douillets qui protestent contre les vols de nuit à Zaventem et qui ont fait fuir DHL et ses emplois, ici, on se marre doucement.

N'oublions pas les geckos, ces sympatiques reptiles, qui ressemblent à de gros lézards multicolores.

On en a toute une colonie à la maison, tant dans le jardin qu'a l'intérieur où ils se baladent sur les murs et logent dans les faux plafonds.

On les aime bien et on n'a garde de les chasser, parce que ces redoutables insectivores nous permettent de ne voir jamais aucune mouche, même lorsque nous mangeons en plein air dans jardin, et quasiment pas un moustique (un luxe sous ces latitudes).

Le hic, c'est que ces charmants animaux domestiques poussent leurs cris d'amour la nuit et le cri d'amour d'un gecko, ça ressemble à celui d'un crapaud enroué qui se serait piqué aux stéroïdes anabolisants avant d'avaler un mégaphone.

De temps en temps, on a droit aussi aux multiples chats du voisin venus chasser la souris, la nuit, sur le toit tôlé.

Sans oublier, tous les matins, les petits oiseaux insectivores venus becqueter les scarabées ayant eu l'imprudence de venir se chauffer aux premiers rayons du soleil sur les volets métalliques des chambres (ça, ça fait le bruit d'un pic-vert sous amphétamines s'attaquant à une cymbale).

Il n'y en a qu'un que le tintamarre ne me dérange pas.

Fred a du mal a s'endormir, mais une fois dans les bras de Morphée, plus rien ne parvient l'en sortir.

Francis et moi pouvons pester, râler, jurer : l'autre dort.

Il rêve aussi.

A en juger par le bruit émanant de sa chambre il doit rêver qu'il est un gros hélicoptère vrombissant dans le ciel étoilé.

"Frédéric ! Arrête de ronfler ! Nondidju !" devons-nous hurler en choeur pour ça cesse.

Cela étant dit, après deux mois on est habitués, ce qui nous réveille maintenant, c'est quand le vol de 5h d'Air Burkina a du retard...

SYSTEME BANCAIRE DU BURKINA FASO

Petit gag bancaire.

Pendant que Francis se démenait au Ghana pour dédouaner notre foutu container, Fred et moi nous rendons à la banque pour ouvrir un compte.

Ici, les banques sont gardées à la fois par des vigiles, des policiers et parfois des militaires.

En attendant l'ouverture des guichets, Fred, passionné d'armes, discute avec un type en uniforme armé d'un fusil d'assaut FNC.

Histoire de montrer sa connaissance du domaine et d'engager la conversation, il lui fait remarquer qu'il s'agit de matériel fabriqué en Belgique, son pays natal.

Avec un grand sourire le type en uniforme, lui tend l'engin, en disant "Vous voulez essayer ?"

Tête ahurie de Fred qui, après une seconde de réflexion, décline poliment l'offre, en rétorquant "Non merci, je viens faire un petit dépôt et non un gros retrait".

Autre petit gag bancaire.

Sortant de ladite banque, écoeurés par le parcours du combattant administratif pour pouvoir ouvrir un malheureux compte courant, je suggère à Fred d'essayer dans une autre, espérant trouver des banquiers plus amènes et moins bouchés et ne pas m'être tapé, sous le cagnard, les 5km qui nous séparent du centre ville pour rien.

Nous trouvant sur l'avenue Dr Kwamé N'Krumah (l'avenue principale de Ouaga), les banques, ce n'est pas ça qui manque.

On décide donc de les faire

toutes, dans l'ordre où on les trouvera sur le chemin du retour.

On commence par la première, une filiale de BNP-Paribas.

Je me renseigne au guichet pour savoir comment ouvrir compte commercial et comptes privés et on me donne le nom des deux chargés de relations avec la clientèle professionnelle.

En cherchant dans le labyrinthe de l'étage des bureaux, un aimable employé s'offre à nous guider : coup de chance, c'était l'un des deux chargés de relations que nous recherchions.

Devant répondre à un appel sur son portable, il nous prie de l'excuser de l'interruption, discute quelques minutes avec son interlocuteur, puis s'enquiert de nos desiderata bancaires.

Nettement plus aimable qu'à la banque précédente, après avoir causé formalités et paperasses, il nous interroge plaisamment sur nos raisons d'avoir choisi le Burkina Faso pour monter une affaire commerciale.

Je lui explique en deux mots les circonstances qui m'ont amené à faire connaissance du pays et mes séjours consécutifs dans un pays que j'ai appris à aimer.

Là ou ça devient franchement comique, c'est qu'en bavardant il nous dit qu'il connait fort bien le film "Côte d'Ivoire, poudrière identitaire", qu'il est lui-même membre et trésorier du "Tocsin", l'association de mon vieil ami le Pr Albert Ouedraogo et que c'était précisément ce dernier qui avait interrompu le début de notre entretien par un appel sur son portable!

Ayant, de plus, l'impression de nous être déjà rencontrés, lui et moi, tout d'un coup nous nous rendons compte que c'est lui qui était avec moi dans la Mercedes d'Albert Ouedraogo lorsqu'il m'a conduit à Po, filmer les réfugiés bukinabè fuyant la Côte d'Ivoire, en novembre 2002.

Amitié immédiate, présentation à tout ce qui compte dans la banque et ouverture dès le lendemain des comptes privés avec chéquier et cartes de crédit (sans fiches de salaires, ni emploi et avec un dépôt initial ridicule, faut le faire).

Depuis on passe devant tout le monde dans les files et il est convenu d'aller manger chez lui prochainement.

Deux réflexions : le monde est décidément petit et, pour une fois qu'on a de la chance, on ne va pas la bouder.

PAYS VOISINS

Le Burkina est décidément le pays des hommes intègres : Francis est revenu il y a plus d'une semaine de son séjour au Ghana et au Togo et il n'a pas encore fini de râler sur le niveau de corruption des deux pays (et quand Francis, râle...).

REGIME ET SVELTESSE

Pour le reste, a force de ne boire que de l'eau, de manger peu et sain et de ma taper 15km à pieds tous les jours dans une température de sauna, j'ai perdu mon abcès de comptoir et retrouvé le tour de taille de mes vingt ans.

Plus de news bientôt.

Dominique..

SOMMEIL, RELIGIONS, TRANSPORTS AERIENS et FAUNE AU BURKINA FASO Francis et moi avons assez mal dormi au début. Il faut dire que les nuits ne sont pas particulièrement tranquilles. Les deux dancings du coin diffusent à profusion de la variété locale (beurk) jusquà des heures pas possibles. Vers 3h30, les muezzins entament, en canon, l'appel à la prière à l'intention des musulmans du coin (Allahouakbar!). Sur le coup de 4 heures et demie, les catholiques de la chapelle en plein air située juste en face de la concession, appellent à mâtines, en frappant à coups de masse sur une jante de camion suspendue par une corde à un arbre, faute de cloches (bang, bing, bang!). Après quoi les protestants d'à côté se mettent à chanter la gloire de Dieu (Amen, Alléluia!) sur des airs de gospels baptistes américains. Il arrive aussi que les animistes organisent une procession nocturne de masques et de fétiches au rythme des tam-tam (badaboum, badaboum!). La tolérance religieuse au Burkina Faso est admirable, mais nous apprécierions la tenue d'un forum oecuménique pour qu'imams, curés, pasteurs et sorciers se mettent une fois pour toutes d'accord sur une même heure de prière pour tous, Nom de Dieu(x)! Pour ne rien gâcher, la villa est située pile poil dans l'axe de la piste d'atterrissage de l'aéroport international de Ouagadougou à moins d'un kilomètre du début de piste... Résultats : les avions passent à très très basse altitude au-dessus de la maison. Les vols Air France, ça va, mais les vieux coucous d'Air Burkina ou Air Mali (également connue sous le nom évocateur d'Air Peut-être), là on a carrément l'impression que les tôles du toit vont s'envoler et on surveille chaque matin les fissures de la maison pour voir de combien elles se sont agrandies... On passe sur les Tupolev et Iliouchine perdant des boulons des compagnies charter libyennes emmenant les pèlerins à La Mecque... Un de ces jours, l'un d'entre eux s'écrasera dans la piscine et nous réveillera de manière définitive. Quand on pense aux petits bourgeois douillets qui protestent contre les vols de nuit à Zaventem et qui ont fait fuir DHL et ses emplois, ici, on se marre doucement. N'oublions pas les geckos, ces sympatiques reptiles, qui ressemblent à de gros lézards multicolores. On en a toute une colonie à la maison, tant dans le jardin qu'a l'intérieur où ils se baladent sur les murs et logent dans les faux plafonds. On les aime bien et on n'a garde de les chasser, parce que ces redoutables insectivores nous permettent de ne voir jamais aucune mouche, même lorsque nous mangeons en plein air dans jardin, et quasiment pas un moustique (un luxe sous ces latitudes). Le hic, c'est que ces charmants animaux domestiques poussent leurs cris d'amour la nuit et le cri d'amour d'un gecko, ça ressemble à celui d'un crapaud enroué qui se serait piqué aux stéroïdes anabolisants avant d'avaler un mégaphone. De temps en temps, on a droit aussi aux multiples chats du voisin venus chasser la souris, la nuit, sur le toit tôlé. Sans oublier, tous les matins, les petits oiseaux insectivores venus becqueter les scarabées ayant eu l'imprudence de venir se chauffer aux premiers rayons du soleil sur les volets métalliques des chambres (ça, ça fait le bruit d'un pic-vert sous amphétamines s'attaquant à une cymbale). Il n'y en a qu'un que le tintamarre ne me dérange pas. Fred a du mal a s'endormir, mais une fois dans les bras de Morphée, plus rien ne parvient l'en sortir. Francis et moi pouvons pester, râler, jurer : l'autre dort. Il rêve aussi. A en juger par le bruit émanant de sa chambre il doit rêver qu'il est un gros hélicoptère vrombissant dans le ciel étoilé. "Frédéric ! Arrête de ronfler ! Nondidju !" devons-nous hurler en choeur pour ça cesse. Cela étant dit, après deux mois on est habitués, ce qui nous réveille maintenant, c'est quand le vol de 5h d'Air Burkina a du retard... SYSTEME BANCAIRE DU BURKINA FASO Petit gag bancaire. Pendant que Francis se démenait au Ghana pour dédouaner notre foutu container, Fred et moi nous rendons à la banque pour ouvrir un compte. Ici, les banques sont gardées à la fois par des vigiles, des policiers et parfois des militaires. En attendant l'ouverture des guichets, Fred, passionné d'armes, discute avec un type en uniforme armé d'un fusil d'assaut FNC. Histoire de montrer sa connaissance du domaine et d'engager la conversation, il lui fait remarquer qu'il s'agit de matériel fabriqué en Belgique, son pays natal. Avec un grand sourire le type en uniforme, lui tend l'engin, en disant "Vous voulez essayer ?" Tête ahurie de Fred qui, après une seconde de réflexion, décline poliment l'offre, en rétorquant "Non merci, je viens faire un petit dépôt et non un gros retrait". Autre petit gag bancaire. Sortant de ladite banque, écoeurés par le parcours du combattant administratif pour pouvoir ouvrir un malheureux compte courant, je suggère à Fred d'essayer dans une autre, espérant trouver des banquiers plus amènes et moins bouchés et ne pas m'être tapé, sous le cagnard, les 5km qui nous séparent du centre ville pour rien. Nous trouvant sur l'avenue Dr Kwamé N'Krumah (l'avenue principale de Ouaga), les banques, ce n'est pas ça qui manque. On décide donc de les faire toutes, dans l'ordre où on les trouvera sur le chemin du retour. On commence par la première, une filiale de BNP-Paribas. Je me renseigne au guichet pour savoir comment ouvrir compte commercial et comptes privés et on me donne le nom des deux chargés de relations avec la clientèle professionnelle. En cherchant dans le labyrinthe de l'étage des bureaux, un aimable employé s'offre à nous guider : coup de chance, c'était l'un des deux chargés de relations que nous recherchions. Devant répondre à un appel sur son portable, il nous prie de l'excuser de l'interruption, discute quelques minutes avec son interlocuteur, puis s'enquiert de nos desiderata bancaires. Nettement plus aimable qu'à la banque précédente, après avoir causé formalités et paperasses, il nous interroge plaisamment sur nos raisons d'avoir choisi le Burkina Faso pour monter une affaire commerciale. Je lui explique en deux mots les circonstances qui m'ont amené à faire connaissance du pays et mes séjours consécutifs dans un pays que j'ai appris à aimer. Là ou ça devient franchement comique, c'est qu'en bavardant il nous dit qu'il connait fort bien le film "Côte d'Ivoire, poudrière identitaire", qu'il est lui-même membre et trésorier du "Tocsin", l'association de mon vieil ami le Pr Albert Ouedraogo et que c'était précisément ce dernier qui avait interrompu le début de notre entretien par un appel sur son portable! Ayant, de plus, l'impression de nous être déjà rencontrés, lui et moi, tout d'un coup nous nous rendons compte que c'est lui qui était avec moi dans la Mercedes d'Albert Ouedraogo lorsqu'il m'a conduit à Po, filmer les réfugiés bukinabè fuyant la Côte d'Ivoire, en novembre 2002. Amitié immédiate, présentation à tout ce qui compte dans la banque et ouverture dès le lendemain des comptes privés avec chéquier et cartes de crédit (sans fiches de salaires, ni emploi et avec un dépôt initial ridicule, faut le faire). Depuis on passe devant tout le monde dans les files et il est convenu d'aller manger chez lui prochainement. Deux réflexions : le monde est décidément petit et, pour une fois qu'on a de la chance, on ne va pas la bouder. PAYS VOISINS Le Burkina est décidément le pays des hommes intègres : Francis est revenu il y a plus d'une semaine de son séjour au Ghana et au Togo et il n'a pas encore fini de râler sur le niveau de corruption des deux pays (et quand Francis, râle...). REGIME ET SVELTESSE Pour le reste, a force de ne boire que de l'eau, de manger peu et sain et de ma taper 15km à pieds tous les jours dans une température de sauna, j'ai perdu mon abcès de comptoir et retrouvé le tour de taille de mes vingt ans. Plus de news bientôt. Dominique..