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01 mars 2011

VIE CHERE....

Les Ougalais ont, l'année passée, organisé plusieurs grandes manifestations contre  "la vie chère".

On peut les comprendre : dans ce pays qui est un des plus pauvre de la planète, une augmentation du prix du sac de riz peut mettre en cause la sécurité alimentaire de nombreuses familles.

Cela étant dit, pour relativiser, nos lecteurs en Europe, petite photo des achats au marché ce matin :

On en a eu pour 1600 francs CFA (2,43 €), essayez d'acheter le même panier de légume dans votre supermarché préféré et postez le prix en commentaire :)

22 janvier 2011

OUAGA BEAT

La vie à Ouaga et ses rythmes.

Ceci est une réalisation personnelle (une longue série va suivre) ;  comme eût dit Alphonse Allais : "Tout de mon cru!".



21 mai 2009

CODE DE LA ROUTE

Emission de sécurité routière au Burkina Faso, Canal3 chaîne privée.

A LA SANTE DES ANCETRES (II)

Je vous entretenais dans un récent article de la coutume consistant à verser un peu de bière par terre avant de vous servir pour de bon.

Je vous faisais part de l'explication qu'on en donne le plus souvent, "c'est pour les ancêtres" et de mon interprétation personnelle, à savoir qu'il s'agit surtout de refroidir le verre pour éviter que la bière ne se réchauffe et que sa mousse ne retombe.

Dans un commentaire posté sur cet article, mon ami et vosin Gideon Vink, qui vit au Burkina depuis pas mal d'années lui aussi, me fait part du fait qu'il avait toujours pensé qu'il s'agissait de nettoyer correctement l'intérieur des verres qui, c'est exact, ne brillent pas toujours pas leur netteté.

Je reconnais que c'est une explication qui a fait plus que me traverser l'esprit à moi aussi.

Cependant, elle ne rend pas compte du fait que le rituel est le plus souvent réservé à la bière et qu'il est plutôt rare de le voir exécuter avec du Coca-Cola ou d'autres boissons non alcoolisées (jus de fruits, limonades, etc.).

A ceci, je ne vois que deux explications possibles.

La première, que j'avançais hier, est que les ancêtres sont des alcoolos qui refusent de boire de la limonade (des "sucreries", comme on dit ici).

La seconde, que j'ai retenue, est plus prosaïque : si les bières sont généralement bien glacées, il n'en va pas aussi souvent de même pour le Coca, ce qui n'a aucune espèce d'importance puisqu'alors on vous le sert dans un verre plein de glaçons.

Donc, retour à l'explication thermique plutôt qu'hygiénique.

Dernière petite note anthropologique sur le regard de l'observateur.

L'interprétation donnée au sens d'une coutume en dit souvent autant sur la culture de l'observateur que sur celle de la peuplade observée.

Gideon est d'origine hollandaise : la première explication qui lui vient à l'esprit est qu'on essaye d'être propre.

Je suis belge : je pense d'abord à la qualité du service de ma bière.

Clichés, clichés...

20 mai 2009

A LA SANTE DES ANCETRES

Si vous allez boire une bière dans un maquis, très souvent le serveur ou la serveuse versera 1 centimètre de votre boisson dans le verre et le fera tourner dans celui-ci avnt de jeter le liquide par terre et de vous servir pour de bon.

Qu'on jette le liquide par terre et pas dans un évier ou une bassine n'a rien de surprenant : il s'agit la plupart du temps de terre battue et rare sont les petits maquis à disposer d'eau courante et à fortiori d'évier.

Qu'on gaspille un liquide aussi précieux que la bière fraîche est par contre étonnant.

La première fois qu'on m'a fait ça, il y a une dizaine d'année, seule la surprise m'a empêché d'attraper le garçon par le col et de le secouer en lui exprimant ma façon de penser, non mais!

A force de voir les geste se répéter, j'en ai pris le parti, comme d'une coutume bizarre incompréhensible auquel je n'avais qu'à me faire.

Le plus étonnant, c'est que si le personnel ne se charge pas du rituel, les clients autochtones s'y livrent eux-mêmes.

En bon sociologue, j'ai donc fini par m'enquérir auprès d'amis du "pourquoi" de la chose.

On m'a répondu que c'était la part des ancêtres.

Ce qui me permet d'ailleurs deux constats : les ancêtres sont des alcoolos, parce qu'on ne fait jamais ça avec un Coca-Cola ou une limonade et encore moins avec un café ou un thé.

Ensuite, les ancêtres sont des alcoolos satisfaits, parce qu'avec la quantité de bière qu'avalent leurs descendants et la part qu'on en renverse sur place, ils risquent plus la cirrhose post-mortem que la déshydratation.

J'ai une explication, moins pittoresque, mais plus rationnelle.

Si les bières sortent du congélateur et sont, en règle générale, bien glacées, il n'en va pas de mêmes des verres qui sont, eux, conservé à température ambiante.

Et la température ambiante, ici, c'est vachement chaud.

Les verres de plus n'ont rien à voir avec lesverres à bière à parois mince que nous connaissons en Europe : il s'agit soit de verres à eaux bien épais, genre cantine scolairres, soit de chopes à l'allemande en verre plus épais encore.

Ce qui implique que lesdits récipients ont une solide inertie thermique.

Vu qu'il est hors de question de les rafraîchir en les passant sous un filet d'eau froide comme chez nous, pour la double raison que, comme on l'a dit précédemment, la plupart des maquis sont dépourvus d'eau courante et que, de toutes façons, ici, l'eau du robinet est tout sauf fraîche, le but réel de l'opération est de refroidir le verre pour éviter qu'il ne chauffe la bière et ne fasse retomber la mousse.

Ce au prix, certes, du gaspillage d'un petite partie de votre consommation.

Anecdote.

Un copain Bruxellois, picoleur notoire, était venu il y a quelques années, passer des vacances chez nous.

La première fois qu'on a jeté de sa bière par terre, il a fallu qu'on s'y mette à deux Francis et moi pour le calmer er l'empêcher de casser la figure au serveur.

On lui a gentiment expliqué que c'était la part des ancêtres et qu'en plus sa bière n'en serait que plus fraîche.

Grand amateur de folklore à bon marché, ledit copain a adoré et a tellement bien adopté la coutume qu'il s'y est mis lui-même quand le personnel oubliait de sacrifier au rituel.

De retour à Bruxelles, l'imbécile, il est entré dans un bistrot du centre ville dont nous connaissions fort bien les tenanciers qui sont des amis, et y a commandé une Maes 33cl.

Coup de téléphone affolé à Ouaga des tenanciers : "Qu'est-ce qui lui est arrivé en Afrique à Jean-Luc? Il a pris un coup de soleil ou quoi? Ce con entre au bar, commande un verre.... et en fout la moitié par terre en gueulant que c'est pour les ancêtres! On l'a foutu dehors, mais, vous êtes sûrs qu'il va bien?".

Ombre d'un sourire chez Francis et moi en imaginant la scène...

17 mai 2009

LA LOI DU MARCHE

Le 16 avril, Rood Woko, le grand marché couvert de Ouagadougou a rouvert officiellement ses portes, après six ans de fermeture suite à l'incendie qui l'avait ravagé en 2003.

Six ans de course aux financements, de travaux complexes, de péripéties diverses, de palabres avec les commerçants après : le plus grands marché couvert d'Afrique de l'Ouest est à nouveaux en activité.

On a été le visiter hier, deux jours après l'ouverture réelle au public (le 16 avril, c'était seulement l'inauguration officielle).

Les commerçants commencent seulement à s'installer, mais ça promet d'être assez extraordinaire : plus de 3200 emplacements, tous déjà loués sur deux niveaux et des milliers de mètres carrés refaits à neuf!

On y reviendra sûrement.

Petite anecdote : le nom du grand marché de Ouagadougou, "Rood Woko", veut dire en mooré, « marché continu » ou « marché à fréquentation permanente ».

Pourquoi ce nom?

Traditionnellement, en pays mossi, les marchés se tiennent tous les trois jours.

Et pourquoi trois jours, à votre avis?

Pour tenir compte du cycle de la préparation du dolo, cette bière de mil qui rythme la vie au village, et sans laquelle un marché manquerait définitivement du charme festif qui doit le caractériser.

Il n'y a que dans la capitale, Ouagadougou que le marché se tenait tous les jours.

Non que les Ouagalais soient moins sensibles que les autres Mossis aux charmes alcoolisés du dolo, simplement par que le statut de capitale de Ouagadougou permettait à ses habitants de bénéficier de sources d'approvisionnement diversifiées et donc de disposer de dolo frais tous les jours de la semaine.

D’où l’ancestral Rood Woko,qui fut installé longtemps à la place d’arme (rebaptisée depuis place de la Révolution, puis place de la Nation, au gré des régimes successifs qu'a connu le Faso), puis, après l'indépendance, déménagé sur son site actuel près de la maison du peuple et qui disparut dans les flammes en 2003.

La minute culturelle est terminée.

La dessus, à Rome comme chez les Romains, à Ouagadougou comme chez les Mossis, comme on a visité le marché, on va aller se boire une bière!

12 mai 2009

BOUHOUHOU, JE N'EN PEUX PLUUUUS!

En Afrique, il fait souvent chaud.

Pour se rafraîchir on a des ventilos de plafond, communément appelés, ici, "hélicoptères", qui ressemblent à ceci :

(ça c'est deux photos prises dans ma chambre)

On peut régler la vitesse de ces ventilos, ou hélicoptères, grâce à des gradateurs qui ressemblent à cela :

(ça c'est une photo prise dans la villa de mon collègue et ami Gideon Vink).

Gideon Vink, chez qui a été prise la photo de ces gradateurs m'a malicieusement invité à faire un zoom sur leur marque.

Voici le résultat :

Au secours!

08 mai 2009

PROMENONS NOUS DANS LES BOIS

Il y a quelque temps nous sommes allés, Francis et l'auteur de ces lignes, nous promener au bois (si, si, si il y en a un), le parc municipal/forêt classée de Ouagadougou.

C'est plutôt le genre bois de la Cambre que forêt de Soignes, bois de Boulogne que forêt de Saint Cloud.

On vous racontera en détail dans une prochaine livraison.

Juste pour rire, une petite mise en bouche.

Dans la plupart de nos jardins publics européens, du moins ceux comportant des étangs, des panneaux interdisent de jeter du pain aux canards.

Ici, c'est PRESQUE la même chose : au bord de l'étang un panneau défend expressément de donner à manger...aux crocodiles!

Authentique, on vous mettra la photo sur le blog.

07 mai 2009

PRIX DE GROS (1) (*)

Une constante universelle du commerce, à toutes les époques et sous toutes les latitudes,, est que lorsque l'on achète par grandes quantités le commerçant vous consent un prix plus intéressant à l'unité.

C'est même le principe du commerce de gros, demi-gros et détail.

C'est la raison d'être des "economy pack", "family pack" et autres gros conditionnements.

Et, on le répète c'est un mécanisme universel.

C'est du moins ce qu'on croyait...

Tentative d'achat de quelques bananes auprès d'une petite marchande ambulante, histoire de se mettre un peu de sels minéraux dans le corps :

-"Combien, combien?"

-"Une pour cinquante francs, trois pour cent francs,..." (jusqu'ici ça va... ) "...cinq pour deux cent francs" (...là, çà ne vas plus).

On essaye d'expliquer que si on prend UNE banane, la pièce va nous coûter 50 CFA, que si on en prend TROIS, cela nous reviendra 33 CFA l'unité et qu'on serait idiot d'en prendre CINQ qui nous coûteraient 40 CFA chacune.

Regard bovin et plein d'incompréhension : -"Une pour cinquante francs, trois pour cent francs, cinq pour deux cent francs"

-"Mais si c'est trois pour cent francs, alors pour deux fois cent francs, ce qui fait deux cent francs, alors ça fait deux fois trois bananes ce qui fait six bananes pour 200 francs"

Regard peiné que des blancs la prennent pour une imbécile et essayent aussi grossièrement de la rouler:

-"Une pour cinquante francs, trois pour cent francs, cinq pour deux cent francs."

On réexplique patiemment et avec le sourire.

Regard madré de la commerçante expérimentée à qui on ne la fait pas, moue butée, geste de défi de la tête, ton péremptoire :

-"Une pour cinquante francs, trois pour cent francs, cinq pour deux cent francs!"

De guerre lasse on en demande pour cent francs et on reçoit trois bananes.

On sort une autre pièce de cent francs et on reçoit trois autres bananes.

On reçoit un sachet en plastique(**) et on s'éloigne avec nos six bananes sous le regard satisfait de la petite commerçante indomptée, fière de ne pas avoir cédé sur les principes et de ne nous avoir consenti aucun rabais.

Bouhouhou!(***)

(A suivre)


(*) "Qui est gros?" dirait Obélix...

(**) Toujours d'Obélix : "Je ne suis pas gros, juste un peu enveloppé".

(**) Encore d'Obélix, mais lui c'est à cause de Falbala qu'il pleure.

08 mars 2009

MEMOIRE DES FORMES

Savez vous pourquoi les touches du clavier de votre ordinateur sont disposées comme elles le sont?

Je veux dire, de cette façon absconse qui commence par : "AZERTYUIOP"?

C'est un effet de la mémoire des formes.

Je m'explique à l'aide d'un exemple.

Ceux des lecteurs qui ont comme moi grandi dans les années '60 et '70 et à fortiori les lecteurs plusâgés ont encore dû connaître les machines à écrire mécaniques,où les des caractères en plomb étaient fixés au bout de longues tiges plates d'acier et venaient frapper le papier, serré sur un rouleau en caoutchouc, à travers un ruban encreur.

Pour les plus jeunes, ils n'ont qu'à faire un effort d'imagination : oui il y a eu une époque sans imprimante laser ou on dactylographiait, au sens étymologique du terme, c'est à dire qu'on écrivait littéralement à la force des doigts…

Et bien, ceux qui se souviennent de cette époque antique, se souviennent aussi qu'en frappant deux touches dans une succession trop rapide on risquait fort de voir les longes tiges d'acier s'emmêler et les touches se bloquer.

Pour ma part c'était un de mes grands plaisirs d'enfant de parvenir à ce résultat avec le plus grand nombre de touches possible.

Sur les toutes premières machines à écrire, à la fin du XIXe siècle,début du XXe, c'était un gros problème.

Parce que, comme les secrétaires dactylos acquéraient de la virtuosité dans leur frappe au clavier, les fréquents blocages abîmaient la mécanique et nuisaient à la qualité du résultat.

Avant d'améliorer le mécanisme des machines, on imagina donc d'abord de ralentir la frappe en adoptant la disposition des touches la moins ergonomique possible :"AZERTYUIOP", pour le français, "QWERTYUIOP", pour les langues anglaise et allemande.

L'amélioration mécanique,l'arrivée de la machine IBM à boule, puis du traitement de textes on rendu absolument inutile et même franchement contre-productive une telle disposition des touches.

Mais voilà : toutes les dactylos ont appris à taper sur un clavier AZERTY, personne n'a eu envie de fixer une nouvelle norme, le poids de l'habitude a joué et c'est pourquoi vous utilisez sur un ordinateur du XIXe siècle une disposition de touche destinée à vous ralentir si vous aviez utilisé une machine à écrire du XIXe, alors qu'il serait parfaitement possible de multiplier par deux la vitesse de frappe aujourd'hui.

Cette longue introduction pour illustrer ce que j'appelle la"mémoire des formes", ou comment des formes d'objets audépart adaptées à une technologie donnée pour remplir une fonction précisesurvivent dans d'autres objets utilisant une technologie différente pour remplir la même fonction.

Qu'est-ce que tout ceci vient faire dans un journal de bord consacré à la vie en Afrique de l'Ouest?

C'est qu'on vient d'en avoir une très jolie illustration.

Pour commencer il faut savoir que de nombreux quartiers de Ouagadougou ne sont pas raccordés à l'électricité (les quartiers dits "non lotis").

Par ailleurs, dans ceux qui y sont raccordés, les coupures sont fréquentes, surtout en saison chaude (ici on consomme de l'énergie pour se refroidir, pas pour se chauffer, contrairement à l'Europe du Nord).

Donc, la bonne vieille lampe à pétrole de nos grand-mères est encore ici un objet de consommation courante.

Les progrès de la technologie des diodes électroluminescentes, la baisse de leur prix et la diminution de leur consommation de courant ont fait que de plus en plus, ces derniers temps, les lampes à pétrole sont remplacées par des lampes à LED.

Le rigolo, c'est que celles qui sont le plus vendues ici ont la forme d'une lampe à pétrole, grille pare-brûlures, réservoir àpétrole et bouchon de réservoir inclus.

Celle qui trône sur notre télévision est du modèle "lampe Davis" (comme celles des mineurs) et l'interrupteur se trouve au milieu du bouchon de réservoir (bouchon et réservoirs qui ne sont d'ailleurs respectivement, ni un bouchon, ni un réservoir).

Bon, si vous voulez faire plus moderne, on en vend aussi en forme de Lumogaz à manchon Auer.

14 février 2009

SOUS-BOCKS ET SURBOCKS OU LE MONDE A L'ENVERS

En Europe, quand on vous sert une bière ou une limonade, on place EN DESSOUS du verre un sous-bock en carton pour éviter que du liquide ne coule sur la table et de là éventuellement sur vos genoux.

En Afrique de l'ouest, on ne vous donne pas de sous-bocks mais un surbock en bois, en plastique ou en verre qu'on place SUR le verre.

Non, les Africains ne sont pas fous et ne font pas les choses à l'envers : la table on s'en fout et si du liquide coule dessus, vu la chaleur, il s'évaporera avant de vous tomber sur le pantalon.

En revanche, si vous ne couvrez pas votre boisson, il ne faudra pas deux minutes pour qu'une centaine de mouche y batifolent gaiement.

08 février 2009

NON CONNARD, C'EST POUR FAIRE UNE PETANQUE! Dans un de ses (très rares) sketches à la fois drôles et pas excessivement vulgaires, Bigard, raconte l'histoire suivante : un monsieur bien habilé entre à midi dans un retaurant,. Le garçon s'enquiert poliment :"C'est pour manger, Monsieur?". Ce à quoi le client répond :"Non connard, c'est pour faire une pétanque". Lorqu'après avoir commandé à boire dans un maquis (bar/restaurant populaire), le garçon vient servir votre table, il dépose les bouteilles non décapsulées sur votre table, se plante devant vous les bras ballants, vous fixe d'un oeil bovin et vous demande : "Il faut ouvrir". Inutile de dire que comme le service est généralement lent, qu'il fait chaud et qu'on meurt de soif, l'envie démange de lui balancer une réplique à la Bigard, quelque chose entre un sonnore "non, peut-être" bien bruxellois ou quelque chose de nettement plus grossier. Bref, après dix ans d'Afrique de l'Ouest, dont plus de la moitié à Ouaga, j'en étais arrivé à mes dire que les serveurs et serveuses de maquis était recrutés spécialement dans les établissement pour retardés mentaux ou que la commission paritaire de l'HORECA locale interdisait le recrutement de personnel doté d'un Q.I. supérieur à sa température anale. Mea culpa! Le sociologue observateur que je me targue d'être aurait du comprendre depuis longtemps tout seul ce qu'un ami burkinbè a fini par devoir m'expliquer la semaine passée. Entre les coupures d'électricités, les frigos antiques, les patrons qui les coupent la nuit pour économiser sur la facture électrique, le débit plus ou moins important de l'établissement, il arrive fréquemment que les bouteilles servies ne soient pas vraiment glacées comme on les aime ici. Il n'est même pas infréquent qu'elle soient franchement tempérées pour pas dire tiédasses, voire carrément chaudes, ce qui suscite la juste ire des clients qui protestent alors bruyamment et refusent dans la plupart des cas de payer leur consommation. Donc, par la formule "il faut ouvrir?", le serveur ou la serveuse vous invite en fait à tâter la bouteille de la main afin de vérifier si son degré de fraîcheur vous agrée. Dans la négative, il ou elle rapportera la bouteille, tours fermée, au frigo et vous initera à tester la fraîcheur d'une autre, ce qui serait évidemment impossible si la bouteille était ouverte. Le crétin n'était donc pas celui que je pensait : c'était moi. Dominique

02 avril 2006

PARTICULARITES DU FRANCAIS D'AFRIQUE DE L'OUEST (2)

(Guide de survie à l'usage du touriste) Dans notre série consacrée aux particularités lexicales, grammaticales, syntaxiques et stylistiques du français parlé en Afrique de l'ouest, notre sujet du jour : la place (importante) et l'usage (fréquent) de la litote, de l'euphémisme, bref, de l'understatement. Pour des raisons de courtoisie, le locuteur ouest africain use et abuse de ces figures de style. Trois exemples, d'ailleurs les plus fréquement rencontrés, les expressions : "un peu", "un peu, un peu" et "c'est pas intéressant". A la question "comment ça va?" (en mooré : "Wanna wanna?"), si votre interlocuteur vous répond "ça va un peu" (en mooré : "bilfù"), traduire par "J'ai plus de boulot, pas un franc d'économies, pas de quoi manger demain, le palu cérébral aigu et pas de quoi aller chez le médecin et encore moins de payer les médicaments, mon fils a la rougeole, mais enfin, il n'y a pas de quoi se plaindre". Si la réponse est "un peu, un peu" (mooré : "bilfù, bilfù"), traduire "Mon fils est mort ce matin, le propriétaire m'expulse demain à cause de mes six mois d'arriérés de loyer, ma femme a la tuberculose et on vient de m'apprendre ma séropositivité, mais enfin, il n'y a pas de quoi se plaindre". Quand à l'expression "c'est pas intéressant", voici trois exemples parfaitement authentique d'usage où on peu se rendre compte de l'ampleur de la litote. 1) "Travailler comme un esclave sept jours sur sept et vingt heures par jour dans une plantation en Côte d'Ivoire pendant un an pour gagner 75000 CFA (114 EURO) à la fin pour pouvoir acheter un vélo qui m'aurait permis de voir parfois ma femme qui est dans un village à 100 km de Ouaga et que je suis trop pauvre pour aller voir en car et les gendarmes ivoiriens à la fin qui me dépouillent de mes économies : c'est pas intéressant" (dixit le petit frère de Jules Bamouni). 2)"Tu passes au feu vert et le policier qui te dit que tu est passé au rouge et qui te confisque la moto et qui te rackette de 5000 francs et qui te frappe après parce que tu peux pas payer : c'est pas intéressant" (entendu dans un maquis). 3)"Bon, on est logés par terre, dans un hangar plein de déjections et pas d'eau, le jour de notre arrivée on a tué un serpent et deux scorpions : le logement, c'est pas intéressant" (un artiste invité de la semaine nationale de la culture de Bobo-Diolasso in "Sidwaya" daté d'hier). Bref, vous l'aurez compris, si on vous dit que tout va bien, c'est que ça va à peu près pas trop mal, si on vous dit que ça va "un peu" (ou pire, "un peu un peu") c'est que ça va franchement mal. On n'a encore entendu personne me dire que ça allait mal, mais si on devait entendre ça, on rentrerait dare dare en Europe car si il ne s'agit pas d'un tremblement de terre imminent c'est surement mortel et très contagieux.

08 mars 2006

JOURNEE INTERNATIONALE DE LA FEMME

(Paradoxe) Aujourd'hui journée Internationale de la femme au Burkina Faso. Ca fait une semaine qu'on entend parler que de cela : TV, radios, journaux, même des pagnes et des T-shirts. Bref la femme est à l'honneur avec pompes et flon-flon. Tout ça est bien sympa, mais selon le rapport du Mouvement Burkinabé des Droits de l'Homme et de la Personne au Comité sur l'élimination de la discrimination à l'égard des femmes lors de sa 33e session tenue du 5 au 22 juillet 2005 à New-York : "Les femmes demeurent toujours, avec les enfants, les groupes les plus exposés à la pauvreté, aux violences de toutes sortes, à la discrimination et à l'exclusion sociale. [...][Elle] sont toujours victimes de violations de leur droits aussi bien au sein de la famille qu'au niveau de la socuiété. Le mariage précoce et forcé de la fille, le lévirat, la tutelle la succession [...] sont autant de séquelles de ces violences et de cette discrimination". Et on ne parle pas des mutilations génitales qui subsistent encore dans certaines provinces quoique le taux en ait très spectaculairement baissé depuis le lancement en 1992 d'une vigoureuse campagne contre l'excision et sa criminalisation en 1996 (de six mois à trois ans d'emprisonnement et des amendes de 150000 à 900000 CFA -c'est très élevé lorque l'on sait que le smic burkinabè est de 28000 CFA et qu'une immense partie de la population ne gagne même pas ce montant-). Bref, il y a encore un océan entre les célébrations officielles pleines d'emphase et d'autosatisfaction et la condition féminine au Burkina, même s'il faut reconnaître que c'est plus un problème culturel de résistance au changement que de législation ou de volonté politique. Celle-ci existe et il faut reconnaître des avancées importantes et parfois même spectaculaires, comme dans la lutte contre l'excision. Bref il y a encore du pain sur la planche.

18 février 2006

SAAM PUUSEM YAA A ZUBO

Non, Dominique ne s'est pas remis à picoler, comme pourrait le laisser supposer le caractère cryptique du titre. Il s'agit simplement d'un proverbe Mossi qui dit en langue mooré : "Les salutations pour en étranger lui sont un pesant fardeau", ce qui veut dire que le nouvel arrivant doit, en priorité, s'acquitter en priorité de ce préalable de bienséance et que, nom de nom, ce n'est pas de la tarte. Petit exemple de salutations entre celui qui arrive (Dominique dans notre exemple) et celui qui est sur place (dans l'exemple, Issa) : Dominique : Né y yibeoogo (Salut à vous/bonjour!) Issa : Yibeoog soab yaalà (Bienvenue à celui qui dit bonjour!) facultatif : D : Nàaba (Remerciement) D : Y yibeoog kibaré (Comment ça va?) I : Làafi (En bonne santé!) D : Y zak rãmbà? (Et chez vous?) I : Yéll ka yé (Il n'y a pas de problèmes!) D : Y paga? (Et votre épouse?) I : Làafi bàla (Tout à fait en bonne santé!) D : Kàmba fãà? (Et les enfants?) I : B kéemamé (Ils vont bien) D : W n barka (Dieu soit loué!) I : Y zak rãmbà? (Et chez vous?) D : Làafi bèemé'! (Il y a la santé) I : W n barka (Dieu soit loué!) Ca c'est la séquence minimale pour ne pas être impoli : avec un ancien, un notable, un chef traditionnel ça peut être nettement plus long... Cela étant dit, il n'est pas nécessaire de saluer en Mooré : les gens admettent parfaitement que vous les saluiez en Français, la grossièreté consisterait à omettre de saluer, ou à ne pas s'enquérir de la santé de tout le monde, ou à oublier de remercier Dieu pour les bonnes nouvelles. Résultat des bidons : chaque fois qu'on salue, on est parti pour un sérieux bout de temps bout de temps... Quizz : Sachant qu'on connaît tout le monde dans le quartier et que tout le monde nous connaît, qu'en conséquence on est bien obligé de se saluer, combien nous faut-il pour parcourir les 250 mètres qui nous séparent de l'endroit ou on prend le café le matin? Question subsidaire : A votre avis pourquoi, depuis un certain temps déjà, allons nous désormais prendre le café vers six heures moins le quart le matin, quand personne (ou presque) n'est encore réveillé dans le quartier? Bon allez, pour vous rassurer, avec un familier du même âge on peut se contenter de "Wanna-wanna?" ("Ca boume?"), réponse laconique "Làafi" ("Il y a la santé"), fin de la séquence "Okaaay" (ça c'est pas du mooré, c'est de l'américain).

BESTIOLES ET TAS DE BOIS (2)

(illustration) On vous parlait, dans une livraison précédente, des commerces informels de bois de chauffe en mileu urbain Ouagalais et des immigrants indésirables (serpent, scorpions, termites...) dont ils provoquent l'arrivée en ville. Pour ceux d'entre vous dont l'imagination déficiente (ou la paresse d'esprit) ne permettrait pas de se représenter avec précision ce dont il s'agit, nous avons pris ce cliché à 100 m de la villa...

17 février 2006

BESTIOLES ET TAS DE BOIS

Nous lisions l'autre jour dans un journal local une diatribe contre la prolifération anarchique en ville (lisez : Ouagadougou) de commerces informels de bois de chauffe. L'auteur de l'article accusait lesdits commerces de contrecarrer les méritoires efforts de la mairie pour assainir un tant soit peu la ville et tenter d'améliorer le niveau d'hygiène général (fort bas, il faut le reconnaître). Pour faire bref, les tas de bois importés en ville à partir de la brousse étaient accusés de favoriser la prolifération d'insectes, rongeurs et reptiles nuisibles. On lit l'article, mais comme eût dit Chirac : "ça nous en bouge une sans toucher l'autre", d'autant que, lorsqu'il s'agit de critiquer un pouvoir en place, fût-il municipal, la presse d'opposition a tendance à en remettre une louche et à ne pas y aller avec le dos de la cuiller. Révision légère de notre indifférence (épisode 1) : Adama, notre piscinier s'excuse ce matin de ne pas être venu travailler hier, son pied ne lui permettant pas de marcher après qu'il se soit fait piquer par un scorpion en passant devant un tas de bois... Légère révision de notre indifférence (épisode 2) : en passant ce matin devant le commerce de bois sis à 100m de la villa avec notre copain Mahdi, nous étonnant de la terre fraîchement remuée et de la réorganisation manifeste des tas de branches, Mahdi nous explique qu'il a bien fallu assainir un peu, les voisins se plaignant de la prolifération de serpents. Dans les trois derniers jours, les clients du maquis d'en face ont dû en tuer quatre dont deux fort petits mais mortels. On décide de ne plus rire de la presse d'opposition et de regarder où on marche près des tas de bois. NE PANIQUEZ PAS : on a pas encore rencontré personnellement une bestiole venimeuse à Ouaga (mis à part les moustiques, et encore...).

16 février 2006

REPASSAGE

Ni Francis, ni Dominique ne sont des as du repassage (doux euphémisme). Jusqu'à leur départ en Europe le premier confiait le soin de repasser ses chemises à Marianne, une cliente et amie, l'autre se reposait sur les doigts de fée de sa petite maman. Evidemment, à Ouagadougou à 6000 km de Bruxelles, ce sont des expédients un peu plus difficiles à mettre en oeuvre. On a fini par trouver une solution... Avec un fer à charbon de bois les chemises sont nickel : avis à toutes les Marianne et mamans du monde !

OUAGA PROPRETE

A votre avis, qui s'occupe de nettoyer les rues de Ouaga de leurs ordures? Louis, le vautour, de Ouaga propreté (et ses congénères).

08 février 2006

ANECDOTES OUGALAISES....

(4 janvier -8 février 2006)

CLIMAT

Le temps polaire (35° la journée, tombant parfois à 25° voire 20° la nuit) reculant en faveur d'un temps un peu plus printanier (38° la journée, 30° à 35° la nuit), nous avons donc pu ranger les édredons en plumes et les doudounes.

SOMMEIL, RELIGIONS, TRANSPORTS AERIENS et FAUNE AU BURKINA FASO

Francis et moi avons assez mal dormi au début.

Il faut dire que les nuits ne sont pas particulièrement tranquilles.

Les deux dancings du coin diffusent à profusion de la variété locale (beurk) jusquà des heures pas possibles.

Vers 3h30, les muezzins entament, en canon, l'appel à la prière à l'intention des musulmans du coin (Allahouakbar!).

Sur le coup de 4 heures et demie, les catholiques de la chapelle en plein air située juste en face de la concession, appellent à mâtines, en frappant à coups de masse sur une jante de camion suspendue par une corde à un arbre, faute de cloches (bang, bing, bang!).

Après quoi les protestants d'à côté se mettent à chanter la gloire de Dieu (Amen, Alléluia!) sur des airs de gospels baptistes américains.

Il arrive aussi que les animistes organisent une procession nocturne de masques et de fétiches au rythme des tam-tam (badaboum, badaboum!).

La tolérance religieuse au Burkina Faso est admirable, mais nous apprécierions la tenue d'un forum oecuménique pour qu'imams, curés, pasteurs et sorciers se mettent une fois pour toutes d'accord sur une même heure de prière pour tous, Nom de Dieu(x)!

Pour ne rien gâcher, la villa est située pile poil dans l'axe de la piste d'atterrissage de l'aéroport international de Ouagadougou à moins d'un kilomètre du début de piste...

Résultats : les avions passent à très très basse altitude au-dessus de la maison.

Les vols Air France, ça va, mais les vieux coucous d'Air Burkina ou Air Mali (également connue sous le nom évocateur d'Air Peut-être), là on a carrément l'impression que les tôles du toit vont s'envoler et on surveille chaque matin les fissures de la maison pour voir de combien elles se sont agrandies...

On passe sur les Tupolev et Iliouchine perdant des boulons des compagnies charter libyennes emmenant les pèlerins à La Mecque...

Un de ces jours, l'un d'entre eux s'écrasera dans la piscine et nous réveillera de manière définitive.

Quand on pense aux petits bourgeois douillets qui protestent contre les vols de nuit à Zaventem et qui ont fait fuir DHL et ses emplois, ici, on se marre doucement.

N'oublions pas les geckos, ces sympatiques reptiles, qui ressemblent à de gros lézards multicolores.

On en a toute une colonie à la maison, tant dans le jardin qu'a l'intérieur où ils se baladent sur les murs et logent dans les faux plafonds.

On les aime bien et on n'a garde de les chasser, parce que ces redoutables insectivores nous permettent de ne voir jamais aucune mouche, même lorsque nous mangeons en plein air dans jardin, et quasiment pas un moustique (un luxe sous ces latitudes).

Le hic, c'est que ces charmants animaux domestiques poussent leurs cris d'amour la nuit et le cri d'amour d'un gecko, ça ressemble à celui d'un crapaud enroué qui se serait piqué aux stéroïdes anabolisants avant d'avaler un mégaphone.

De temps en temps, on a droit aussi aux multiples chats du voisin venus chasser la souris, la nuit, sur le toit tôlé.

Sans oublier, tous les matins, les petits oiseaux insectivores venus becqueter les scarabées ayant eu l'imprudence de venir se chauffer aux premiers rayons du soleil sur les volets métalliques des chambres (ça, ça fait le bruit d'un pic-vert sous amphétamines s'attaquant à une cymbale).

Il n'y en a qu'un que le tintamarre ne me dérange pas.

Fred a du mal a s'endormir, mais une fois dans les bras de Morphée, plus rien ne parvient l'en sortir.

Francis et moi pouvons pester, râler, jurer : l'autre dort.

Il rêve aussi.

A en juger par le bruit émanant de sa chambre il doit rêver qu'il est un gros hélicoptère vrombissant dans le ciel étoilé.

"Frédéric ! Arrête de ronfler ! Nondidju !" devons-nous hurler en choeur pour ça cesse.

Cela étant dit, après deux mois on est habitués, ce qui nous réveille maintenant, c'est quand le vol de 5h d'Air Burkina a du retard...

SYSTEME BANCAIRE DU BURKINA FASO

Petit gag bancaire.

Pendant que Francis se démenait au Ghana pour dédouaner notre foutu container, Fred et moi nous rendons à la banque pour ouvrir un compte.

Ici, les banques sont gardées à la fois par des vigiles, des policiers et parfois des militaires.

En attendant l'ouverture des guichets, Fred, passionné d'armes, discute avec un type en uniforme armé d'un fusil d'assaut FNC.

Histoire de montrer sa connaissance du domaine et d'engager la conversation, il lui fait remarquer qu'il s'agit de matériel fabriqué en Belgique, son pays natal.

Avec un grand sourire le type en uniforme, lui tend l'engin, en disant "Vous voulez essayer ?"

Tête ahurie de Fred qui, après une seconde de réflexion, décline poliment l'offre, en rétorquant "Non merci, je viens faire un petit dépôt et non un gros retrait".

Autre petit gag bancaire.

Sortant de ladite banque, écoeurés par le parcours du combattant administratif pour pouvoir ouvrir un malheureux compte courant, je suggère à Fred d'essayer dans une autre, espérant trouver des banquiers plus amènes et moins bouchés et ne pas m'être tapé, sous le cagnard, les 5km qui nous séparent du centre ville pour rien.

Nous trouvant sur l'avenue Dr Kwamé N'Krumah (l'avenue principale de Ouaga), les banques, ce n'est pas ça qui manque.

On décide donc de les faire

toutes, dans l'ordre où on les trouvera sur le chemin du retour.

On commence par la première, une filiale de BNP-Paribas.

Je me renseigne au guichet pour savoir comment ouvrir compte commercial et comptes privés et on me donne le nom des deux chargés de relations avec la clientèle professionnelle.

En cherchant dans le labyrinthe de l'étage des bureaux, un aimable employé s'offre à nous guider : coup de chance, c'était l'un des deux chargés de relations que nous recherchions.

Devant répondre à un appel sur son portable, il nous prie de l'excuser de l'interruption, discute quelques minutes avec son interlocuteur, puis s'enquiert de nos desiderata bancaires.

Nettement plus aimable qu'à la banque précédente, après avoir causé formalités et paperasses, il nous interroge plaisamment sur nos raisons d'avoir choisi le Burkina Faso pour monter une affaire commerciale.

Je lui explique en deux mots les circonstances qui m'ont amené à faire connaissance du pays et mes séjours consécutifs dans un pays que j'ai appris à aimer.

Là ou ça devient franchement comique, c'est qu'en bavardant il nous dit qu'il connait fort bien le film "Côte d'Ivoire, poudrière identitaire", qu'il est lui-même membre et trésorier du "Tocsin", l'association de mon vieil ami le Pr Albert Ouedraogo et que c'était précisément ce dernier qui avait interrompu le début de notre entretien par un appel sur son portable!

Ayant, de plus, l'impression de nous être déjà rencontrés, lui et moi, tout d'un coup nous nous rendons compte que c'est lui qui était avec moi dans la Mercedes d'Albert Ouedraogo lorsqu'il m'a conduit à Po, filmer les réfugiés bukinabè fuyant la Côte d'Ivoire, en novembre 2002.

Amitié immédiate, présentation à tout ce qui compte dans la banque et ouverture dès le lendemain des comptes privés avec chéquier et cartes de crédit (sans fiches de salaires, ni emploi et avec un dépôt initial ridicule, faut le faire).

Depuis on passe devant tout le monde dans les files et il est convenu d'aller manger chez lui prochainement.

Deux réflexions : le monde est décidément petit et, pour une fois qu'on a de la chance, on ne va pas la bouder.

PAYS VOISINS

Le Burkina est décidément le pays des hommes intègres : Francis est revenu il y a plus d'une semaine de son séjour au Ghana et au Togo et il n'a pas encore fini de râler sur le niveau de corruption des deux pays (et quand Francis, râle...).

REGIME ET SVELTESSE

Pour le reste, a force de ne boire que de l'eau, de manger peu et sain et de ma taper 15km à pieds tous les jours dans une température de sauna, j'ai perdu mon abcès de comptoir et retrouvé le tour de taille de mes vingt ans.

Plus de news bientôt.

Dominique..

SOMMEIL, RELIGIONS, TRANSPORTS AERIENS et FAUNE AU BURKINA FASO Francis et moi avons assez mal dormi au début. Il faut dire que les nuits ne sont pas particulièrement tranquilles. Les deux dancings du coin diffusent à profusion de la variété locale (beurk) jusquà des heures pas possibles. Vers 3h30, les muezzins entament, en canon, l'appel à la prière à l'intention des musulmans du coin (Allahouakbar!). Sur le coup de 4 heures et demie, les catholiques de la chapelle en plein air située juste en face de la concession, appellent à mâtines, en frappant à coups de masse sur une jante de camion suspendue par une corde à un arbre, faute de cloches (bang, bing, bang!). Après quoi les protestants d'à côté se mettent à chanter la gloire de Dieu (Amen, Alléluia!) sur des airs de gospels baptistes américains. Il arrive aussi que les animistes organisent une procession nocturne de masques et de fétiches au rythme des tam-tam (badaboum, badaboum!). La tolérance religieuse au Burkina Faso est admirable, mais nous apprécierions la tenue d'un forum oecuménique pour qu'imams, curés, pasteurs et sorciers se mettent une fois pour toutes d'accord sur une même heure de prière pour tous, Nom de Dieu(x)! Pour ne rien gâcher, la villa est située pile poil dans l'axe de la piste d'atterrissage de l'aéroport international de Ouagadougou à moins d'un kilomètre du début de piste... Résultats : les avions passent à très très basse altitude au-dessus de la maison. Les vols Air France, ça va, mais les vieux coucous d'Air Burkina ou Air Mali (également connue sous le nom évocateur d'Air Peut-être), là on a carrément l'impression que les tôles du toit vont s'envoler et on surveille chaque matin les fissures de la maison pour voir de combien elles se sont agrandies... On passe sur les Tupolev et Iliouchine perdant des boulons des compagnies charter libyennes emmenant les pèlerins à La Mecque... Un de ces jours, l'un d'entre eux s'écrasera dans la piscine et nous réveillera de manière définitive. Quand on pense aux petits bourgeois douillets qui protestent contre les vols de nuit à Zaventem et qui ont fait fuir DHL et ses emplois, ici, on se marre doucement. N'oublions pas les geckos, ces sympatiques reptiles, qui ressemblent à de gros lézards multicolores. On en a toute une colonie à la maison, tant dans le jardin qu'a l'intérieur où ils se baladent sur les murs et logent dans les faux plafonds. On les aime bien et on n'a garde de les chasser, parce que ces redoutables insectivores nous permettent de ne voir jamais aucune mouche, même lorsque nous mangeons en plein air dans jardin, et quasiment pas un moustique (un luxe sous ces latitudes). Le hic, c'est que ces charmants animaux domestiques poussent leurs cris d'amour la nuit et le cri d'amour d'un gecko, ça ressemble à celui d'un crapaud enroué qui se serait piqué aux stéroïdes anabolisants avant d'avaler un mégaphone. De temps en temps, on a droit aussi aux multiples chats du voisin venus chasser la souris, la nuit, sur le toit tôlé. Sans oublier, tous les matins, les petits oiseaux insectivores venus becqueter les scarabées ayant eu l'imprudence de venir se chauffer aux premiers rayons du soleil sur les volets métalliques des chambres (ça, ça fait le bruit d'un pic-vert sous amphétamines s'attaquant à une cymbale). Il n'y en a qu'un que le tintamarre ne me dérange pas. Fred a du mal a s'endormir, mais une fois dans les bras de Morphée, plus rien ne parvient l'en sortir. Francis et moi pouvons pester, râler, jurer : l'autre dort. Il rêve aussi. A en juger par le bruit émanant de sa chambre il doit rêver qu'il est un gros hélicoptère vrombissant dans le ciel étoilé. "Frédéric ! Arrête de ronfler ! Nondidju !" devons-nous hurler en choeur pour ça cesse. Cela étant dit, après deux mois on est habitués, ce qui nous réveille maintenant, c'est quand le vol de 5h d'Air Burkina a du retard... SYSTEME BANCAIRE DU BURKINA FASO Petit gag bancaire. Pendant que Francis se démenait au Ghana pour dédouaner notre foutu container, Fred et moi nous rendons à la banque pour ouvrir un compte. Ici, les banques sont gardées à la fois par des vigiles, des policiers et parfois des militaires. En attendant l'ouverture des guichets, Fred, passionné d'armes, discute avec un type en uniforme armé d'un fusil d'assaut FNC. Histoire de montrer sa connaissance du domaine et d'engager la conversation, il lui fait remarquer qu'il s'agit de matériel fabriqué en Belgique, son pays natal. Avec un grand sourire le type en uniforme, lui tend l'engin, en disant "Vous voulez essayer ?" Tête ahurie de Fred qui, après une seconde de réflexion, décline poliment l'offre, en rétorquant "Non merci, je viens faire un petit dépôt et non un gros retrait". Autre petit gag bancaire. Sortant de ladite banque, écoeurés par le parcours du combattant administratif pour pouvoir ouvrir un malheureux compte courant, je suggère à Fred d'essayer dans une autre, espérant trouver des banquiers plus amènes et moins bouchés et ne pas m'être tapé, sous le cagnard, les 5km qui nous séparent du centre ville pour rien. Nous trouvant sur l'avenue Dr Kwamé N'Krumah (l'avenue principale de Ouaga), les banques, ce n'est pas ça qui manque. On décide donc de les faire toutes, dans l'ordre où on les trouvera sur le chemin du retour. On commence par la première, une filiale de BNP-Paribas. Je me renseigne au guichet pour savoir comment ouvrir compte commercial et comptes privés et on me donne le nom des deux chargés de relations avec la clientèle professionnelle. En cherchant dans le labyrinthe de l'étage des bureaux, un aimable employé s'offre à nous guider : coup de chance, c'était l'un des deux chargés de relations que nous recherchions. Devant répondre à un appel sur son portable, il nous prie de l'excuser de l'interruption, discute quelques minutes avec son interlocuteur, puis s'enquiert de nos desiderata bancaires. Nettement plus aimable qu'à la banque précédente, après avoir causé formalités et paperasses, il nous interroge plaisamment sur nos raisons d'avoir choisi le Burkina Faso pour monter une affaire commerciale. Je lui explique en deux mots les circonstances qui m'ont amené à faire connaissance du pays et mes séjours consécutifs dans un pays que j'ai appris à aimer. Là ou ça devient franchement comique, c'est qu'en bavardant il nous dit qu'il connait fort bien le film "Côte d'Ivoire, poudrière identitaire", qu'il est lui-même membre et trésorier du "Tocsin", l'association de mon vieil ami le Pr Albert Ouedraogo et que c'était précisément ce dernier qui avait interrompu le début de notre entretien par un appel sur son portable! Ayant, de plus, l'impression de nous être déjà rencontrés, lui et moi, tout d'un coup nous nous rendons compte que c'est lui qui était avec moi dans la Mercedes d'Albert Ouedraogo lorsqu'il m'a conduit à Po, filmer les réfugiés bukinabè fuyant la Côte d'Ivoire, en novembre 2002. Amitié immédiate, présentation à tout ce qui compte dans la banque et ouverture dès le lendemain des comptes privés avec chéquier et cartes de crédit (sans fiches de salaires, ni emploi et avec un dépôt initial ridicule, faut le faire). Depuis on passe devant tout le monde dans les files et il est convenu d'aller manger chez lui prochainement. Deux réflexions : le monde est décidément petit et, pour une fois qu'on a de la chance, on ne va pas la bouder. PAYS VOISINS Le Burkina est décidément le pays des hommes intègres : Francis est revenu il y a plus d'une semaine de son séjour au Ghana et au Togo et il n'a pas encore fini de râler sur le niveau de corruption des deux pays (et quand Francis, râle...). REGIME ET SVELTESSE Pour le reste, a force de ne boire que de l'eau, de manger peu et sain et de ma taper 15km à pieds tous les jours dans une température de sauna, j'ai perdu mon abcès de comptoir et retrouvé le tour de taille de mes vingt ans. Plus de news bientôt. Dominique..